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alain borne

  • ELLES RIENT

    "Elles rient" de André Cohen Aknin
    À propos de "D'azur et de feu - Sept visage de Josette Duc" de Geneviève Briot, publié  par Bleu 31. 
    Article paru dans la revue A LITTÉRATURE ACTION N° 9 Octobre-décembre 2020

     

    I - LES DEUX FEMMES
    De mon enfance en Algérie, je garde des rires de soleil. Ils éclairent ma mémoire. C'est également le cas du rire de Josette et de Geneviève, le jour de la photo de la quatrième de couverture. Ce n'était pas un rire bruyant, ostentatoire, mais un rire plein, plein comme un corps entier, un corps de femme, plein comme un poème, un poème-rire.
    Elles riaient aux éclats, assises sur le canapé ; elles riaient d'être ensemble, de pouvoir se regarder, se parler. On aurait dit des adolescentes, même si l'une a 90 ans et l'autre presque 80. Josette est fille de menuisier ; Geneviève, fille de boulanger. Qu'ont-elles en commun ? D'être des femmes, d'être curieuses, d'avoir de l'intérêt pour les autres et une inébranlable volonté d'être libre, libre dans leur manière de penser et dans leur corps. Elles ont aussi le besoin insatiable de lire et celui d'écrire. Josette a beaucoup écrit sur ses carnets de voyage, Geneviève est écrivaine. Elles ont aussi en commun d'avoir enseigné. Josette était institutrice et Geneviève, professeur de français.
     
    Elles se sont rencontrées à un cours d'anglais. Josette y racontait volontiers ses voyages et ses découvertes. Peu à peu, leur relation s'est renforcée. Elles parlaient surtout de littérature, de spiritualité. Les photos de Ramana Maharshi et de Bruno Gröning affichées dans l'appartement de Josette impressionnaient Geneviève. Aujourd'hui, ces sages font partie de sa vie. Josette, elle, a espéré, la veille de sa mort, pouvoir rejoindre ces deux êtres dans l'autre monde.
     
    En 2017, un recueil de poésie de Geneviève est publié (1). Elle dit ne pas avoir d'autre projet. Mais il se passe ce qui se passe dans la vie d'un écrivain : l'impérieuse nécessité d'écrire qui vous tombe dessus sans crier gare. Le jour de la fête des 90 ans de Josette, Geneviève lui propose d'écrire sa vie. Une vie de passion, si pleine, si libre qu'elle ne se sentait pas faire autrement que d'en témoigner. Josette dans sa robe égyptienne paillée de fils dorés, acquiesce : "Si c'est toi, j'accepte."
     
    Écrire à partir d'entretiens, Geneviève l'a déjà fait pour Un livre à la mer (2), à partir d'interviews de personnes en lien avec l'Algérie. Elle ressort son magnétophone, prépare une foule de questions, avec la fièvre qui la caractérise, et se rend chez son amie.
     
    Les informations s'accumulent. Josette ne raconte pas chronologiquement, elle confie des anecdotes, passe de l'une à une autre, revient sur les précédentes. Il y a des ellipses. Difficile parfois de s'y retrouver.
     
    Les deux femmes conviennent que tout ne devra pas être publié. Il ne faudra pas non plus broder, inventer pour combler les vides. Josette parle de l'enfant qu'elle a été, de l'adolescente rêveuse et déterminée, de ses voyages, de ses rencontres, de sa vie d'institutrice, de son mari anarchiste. Josette partage les valeurs de fraternité et liberté des anarchistes sans adhérer au mouvement. Elle croit aussi en la solidarité sans adhérer à un parti, en la spiritualité sans entrer dans une religion instituée. Elle puise dans toutes sortes d'enseignements religieux et plus particulièrement dans les spiritualités orientales.
     
    Josette a aimé d'amitié ou d'amour des gens hors du commun. Vivre pour elle, c'était découvrir et aimer. Elle se souvenait avec émotion de sa passion amoureuse pour le vieil anarchiste libertaire Alexandre Marius Jacob. On entendit son témoignage sur France Culture en avril 2019, lors d'une émission sur ce personnage. Durant l'interview, Josette lut des extraits de lettres de Marius. Sa voix rayonnait comme celle d'un rire.
     
    On découvre dans le livre, pourquoi Josette n'a pas eu d'enfant. C'est une douleur. Isabelle devient au fil du temps sa fille spirituelle.
     
    Les choses se précipitent. Josette apprend qu'elle a un cancer. Elle suit un traitement. Mais celui-ci ne donne pas les résultats escomptés. Josette console ses proches, prépare méticuleusement son départ, donne tout ce qu'elle possède de son vivant. Geneviève héritera "naturellement" de son bureau.
     
    Quand Geneviève lui a présenté les premières épreuves de "D'azur et de feu", Josette a refusé de les lire, disant qu'elle avait bien d'autres choses à lire avant de s'en aller.
     
    Geneviève sent l'urgence, travaille d'arrache-pied. Elle souhaite montrer à Josette le manuscrit fini avant qu'il ne soit trop tard. Geneviève y met un point final, le jour où Josette est hospitalisée.
     
    Le lien entre les deux femmes est fait de rires, d'un profond respect et d'une admiration l'une pour l'autre, d'une joie, d'un fil d'âme, si l'on peut dire.
     
     II - LE LIVRE, LES SEPT VISAGES DE JOSETTE DUC 
    Avec "D'azur et de feu", on découvre la vie d'une Romanaise née à Châtillon St Jean dans la Drôme en 1927 et décédée en 2019 à l'âge de 91 ans. Josette Duc a vécu dans sa petite maison rue Sylvain Marmier, construite par son père, menuisier. Elle a épousé Robert Passas de Bourg de Péage en 1950. Robert était anarchiste, libertaire et poète. Josette, elle, était anti conventionnelle, spontanée, littéraire. Ils sont devenus enseignants, d'abord à l'Institut Thérapeutique Éducatif et Pédagogique de Geyssans, puis trois ans au Maroc. Ils sont revenus ensuite dans la Drôme. Ils aimaient enseigner et l'ont fait avec ferveur.
     
    Au fil du récit, on découvre plusieurs visages de Josette. On rencontre la désirante, l'amoureuse, la femme libre, la femme blessée, la voyageuse, la tisseuse de liens, la mystique. Elle est toute en un. Le livre s'organise selon ces sept visages, avec une introduction "Sous le signe de l'amour", sa famille, ses parents.
     Puis suivent huit chapitres :
    1) La désirante : Elle désire, elle veut ou ne veut pas. Elle a une force de vie.
    2) L'amoureuse : On découvre ses pulsions d'adolescente, puis ce fut la rencontre de Robert. Il est poète. Ils sont libres dans leurs amours et pourtant fidèles l'un à l'autre. La poésie, la littérature les unissent. La jalousie n'a pas cours.
    3) La femme libre : Josette fut le dernier amour d'Alexandre Marius Jacob, "l'honnête cambrioleur" du titre du livre de Jean-Marc Delpech son biographe. Il a fait 22 ans de bagne, fut libéré en 1927, l'année de la naissance de Josette. C'est Robert qui a rencontré le vieil anarchiste, qui s'est pris d'amitié pour lui et s'est réjoui devant l'amour de Marius et Josette. Il a écrit : "Elle tomba dans l'hiver de Jacob comme une branche d'avril". Il a 74 ans, elle en a 27.
    4) La voyageuse : Elle participa au Service Civique International pour aider les plus démunis, en France et à l'étranger. Elle voyagea souvent, parfois en autostop, pour aller voir des amis, par soif de découverte, pour se ressourcer spirituellement (USA, Croatie, URSS, Mali, Algérie, Turquie, Israël, La Dominique, l'Inde… et aussi le Transsibérien).
    5) La femme blessée : Robert et Josette vont vivre 20 ans ensemble, puis Robert s'en va. Le titre "D'azur et de feu" vient d'un poème de Paul Eluard "Je fis un feu, l'azur m'ayant abandonné". Blessures physiques et morales. Ce qui la faisait le plus souffrir : les séparations, la mort de ses proches.
    6) La tisseuse de liens : Josette est curieuse de tout, va de stage en stage, de rencontre en rencontre. Elle a des relations, des amitiés avec des gens hors du commun : le militant Louis Lecoin qui s'est battu pour la reconnaissance du statut d'objecteur de conscience ; un thérapeute japonais Itsudo Tsuda ; François Malkovsky, danseur élève de Isadora Duncan ; Madhury, une mystique ; Igor Reznikoff avec qui elle fait du chant grégorien ; Georges Krassovsky qui parcourt le monde à bicyclette et milite pour la paix ; Victor Lebrun, ami de Tolstoï ; Marcel Body, le secrétaire de Lénine ; Jeanne Humbert, une Romanaise libertaire qui s'est battue pour les droits des femmes (elle a une rue à Romans-sur-Isère). Sa relation amoureuse avec Hans (Jean Mermoux) durera 19 ans.
    7) La mystique : Elle se ressource à différentes spiritualités, celle de jeunes Hongrois relatée dans "Dialogues avec l'ange", des saints chrétiens : Ste Rita, Ste Marie-Madeleine, St François d'Assise. Elle s'initie à L'évangile selon Thomas, non reconnu par l'Eglise. Elle est fascinée par les conférences de Pierre Ganne, jésuite exclu par l'autorité pontificale du fait de son non-conformisme. Elle fait partie d'un groupe Douglas Harding, philosophe mystique anglais, suit l'enseignement de Bruno Gröning, guérisseur spirituel allemand. Elle va à des rencontres avec Amma, avec un yogi indien, avec Frère John Martin moine hindou et chrétien et, surtout, avec son maître spirituel, Ramana Maharshi. Son voyage en Inde à l'ashram de R. Maharshi confirmera son attachement à ce sage.
    8) Le huitième chapitre "D'azur et de feu" montre la plénitude d'une vie. Il y a son dernier amour avec René. Elle a alors 80 ans, elle pensait que sa vie amoureuse était terminée. Tout ce qu'elle a vécu se concrétise là : sa générosité, son amour des autres, son amour de la vie.
     
    Le récit est composé à partir d'écrits propres à Josette Duc et d'entretiens que Geneviève a eus avec elle. Leurs écritures se sont liées comme un tissage de laine et de soie, dit Claudia, une lectrice.
     
    III - LA FABRICATION DU LIVRE
    La mise en page a été réalisée par Colombe de Dieuleveult, une amie de Josette. Elles se sont rencontrées au moment où Colombe réalisait une thèse sur Alexandre Marius Jacob. Son travail de graphiste apporte beaucoup à la lisibilité, à l'organisation du livre et au traitement des photos.
    L'illustration est de Jean-Luc Boiré, qui ne connaissait pas Josette, mais qui fut séduit par son histoire.
    L'écriture, la mise en page et l'illustration ont été offertes, comme si un courant bienveillant passait entre ceux et celles qui participaient à ce livre. J'y ai pris ma part dans la relecture du manuscrit.
     
    IV - GENEVIEVE BRIOT, L'ÉCRIVAINE, LA POÈTE
    Pour découvrir la vibration de l'écriture de Geneviève, au-delà de ses romans, de ses récits et de ses pièces de théâtre, il faut plonger dans sa poésie. Car cette femme est une poète. Sa poésie oscille entre épaisseur et transparence, s'insinue entre peau et chair, puise dans le tréfonds de notre oubli, nous fait brûler de désir, nous rappelle qui nous sommes et le vaste monde qui nous attend. Avec elle, nous devenons caillou, oiseau, bruissement d'un feuillage, fontaine de son village natal de Lorraine, le bleu de Fra Angelico, un hêtre du Vercors, le sable roux du Grand Erg Oriental qu'elle a tant aimé et un marcheur d'un cortège clandestin (3). Avec elle le dimanche habille son regard de lilas (4).
     
    Je l'ai imaginée dans le désert d'Algérie, la peau tannée par le soleil, les mains teintes de henné et le regard brûlant pour les hommes et les femmes de Ghardaïa, à l'orée du désert. Elle est tombée en amour pour cette terre qui lui a inspiré plusieurs ouvrages (5).
     
    Geneviève est une amoureuse de la langue française et le Grevisse est sa bible.
     
    Paul Vincensini est son initiateur en poésie. Ils ont partagé la joie profonde de dire à haute voix. Il l'a entraînée dans le torrent de la poésie d'Alain Borne. Il faut entendre Geneviève dire les poèmes de ce dernier pour saisir sa passion pour la poésie.
     
    Les mots tenus à la crinière deviennent des notes de musique dans un souffle charnel et puissant. Ecoutez un poème d'elle, tiré de Météorites (6) :
     
    Tes mots chuchotés
    je les crie contre les murs
    me reviennent en pleins désirs
    et me mettent à genoux.
    Je ne demandais que ton corps
    où enfouir ma folie
    je ne demandais qu’un peu de ta bouche
    où puiser le rêve que je respire.
     
    Ta vie m’est un silence libre et profond.
     
    Je deviens surface gelée du lac
    les chiens me marchent dessus
    sans que je bouge un cristal.
     
    Ma vie est à claire-voie sur l’obscur.
     
    Le poète Guillevic ne s'y trompa pas lorsqu'il écrivit pour la 4ème de couverture de ce recueil que "la poésie de G.Briot… est plus originale qu'elle peut paraître au premier abord. Une originalité profonde : d'âme si j'ose dire. Il me plaît que ce soit une poésie de femme avec tous les attributs de femme : la sensibilité, la sensualité. J'aime beaucoup cette sensualité affirmée."
     
    Guillevic est un poète qui a compté, qui compte toujours pour Geneviève. Elle l'a rencontré à Rochessauve en Ardèche lors d'un événement poétique. Elle est restée en relation avec Lucie, sa femme. Je retiens chez Guillevic la densité de ses textes, sa capacité à provoquer et saisir les déséquilibres.
     
    Geneviève a aussi rencontré Andrée Chedid, devant qui nous avons dit le poème "Il y aura ceux qui s'aiment"(7). Ce texte montre à lui seul la manière dont nous disons ensemble. J'écrirai bientôt une Lettre d'un colporteur-liseur où j'en dirai quelques mots. (8)
     
    Un autre poème d'Andrée Chedid résonne chez Geneviève : "Femmes de tous les temps".

    Femmes de tous les temps
    Ancestrales et pourtant fraternelles
    Lointaines et pourtant proches
     
    Elles viennent à notre rencontre
    Ces Femmes d’un autre âge
     
    Dans la pulpe éphémère de leurs corps
    Dans la beauté d’un geste périssable
    Dans les brefs remous d’un visage neuf ou vieilli
     
    Ces Femmes immémoriales
    à travers argile et pierres
    écartant les écorces du temps
    Se frayent passage jusqu’ici.
     
    Hors du tréfonds des siècles
    délivrant l’esprit
     
    Non plus femmes - objets
    Mais objets devenus Femmes
     
    Elles lèvent échos paroles
    et questions d’aujourd’hui. (9)
     
    Un feu entre femmes nous parvient à travers les âges. C'est pour cela que la rencontre de Geneviève et Josette Duc ne m'a pas surpris.
     
    D'autres poètes l'ont aidée à avancer, à parfaire son écriture, à aller vers d'autres horizons.
    Il y a François Cheng, cet émigrant qui choisit la France pour sa langue et qui est devenu académicien. C'est l'un de nos grands poètes. Geneviève a correspondu avec lui lors de la sortie de son recueil Un caillou qui pense oiseau. François Cheng est un poète transcendant, présent dans les infimes choses de la vie. À l'esprit et au corps, il ajoute l'âme, ce fil qui relie toutes choses dans l'univers, y compris nous. Ses mots, leur musique, leur graphie, leur marche, nous entrainent et nous rendent la joie des origines. On tient ses mots comme on tient un attelage céleste.
     
    Geneviève est assez réservée. Ce n'est pas elle qui fera un grand discours pour amuser la galerie. Ça ne l'empêche pas de s'enthousiasmer pour un livre, un auteur. Le dernier est Roger-Paul Droit, avec son "Comment marchent les philosophes".
     
    Pour Geneviève, l'écrit, c'est la vie. Elle le disait déjà dans son premier recueil "Basalte" :
     
    Je dérive sur des heures ignorantes
    je respire au jour le jour
    et mon crayon fou
    rêve de mistral
    parle de miel roux.
    Mais je n'y suis pour personne
    j'écris pour faire semblant de vivre
    je vis parce que j'écris.
    Je ne suis qu'un caillou qui suinte
    Un caillou qui pense oiseau
    et qui parle caillou.
     
    Voici la femme qui a écrit "D'Azur et feu".
    Cet azur et ce feu, ce sont aussi elle

    (1) - Un caillou qui pense oiseau. L'Autre incertain Editeur, 2017.
    (2) Un livre à la mer. Récit paru en 2003 aux Editions Marsa.
    (3)  "Jabbaren", tiré de Un caillou qui pense oiseau. 
    (4) "Sérénité", tiré de Basalte, Edition La Coïncidence, Guy Chambelland. Librairie Pont de l'Epée, 1982.
    (5)  L'appel du sud, roman, Edition Marsa - Najib, l'enfant de la nuit, L'Harmattan jeunesse - Un livre à la mer, Edition Marsa.
    (6)  Météorites, Editions Supervie, 1987.
    (7)  Tiré de Textes pour un poème, 1949-1970. Andrée Chedid, Editions Flammarion.
    (8)  Depuis mars 2020, ne pouvant plus donner de lectures de poésie de vive voix, j'adresse de temps à autre, par courriel, des Lettres d'un colporteur-liseur directement à des personnes, comme si je leur donnais un texte à l'oreille. Quelques mots et des textes de poètes, de ces hommes ou de ces femmes volants pour qui le temps ne compte pas et qui savent avant l'heure. Les lettres sont également sur le blog : http://briot-cohenaknin.hautetfort.com.
    (9)  "Femmes de tous les temps" - Fraternité de la Parole. Andrée Chedid. 

  • Mon livre pèse

    Lettre d'un colporteur-liseur N° 23
    "Mon livre pèse" de André Cohen Aknin
    Poèmes cités : Sur la robe elle a une corps et  Tu es plus belle que le ciel et la mer de Blaise Cendrars
     
    Ce matin, mon boucher a soupesé mon steak avant de le jeter sur la balance. Il annonce 200 grammes tout rond. La balance lui donne raison. Un fortiche mon boucher ! Suis-je capable d'en faire autant ? Combien pèse le livre que je suis en train de lire ? Environ une livre. Drôle ça, un livre d'une livre ! Peser est chez moi une marotte. Quand j'habitais dans le Nord et que le charbonnier vidait ses grands sacs de boulets dans ma cave, je me demandais combien chacun pouvait peser. Cinquante kilos et plus. À la fin, je nous servais ce que j'avais sous la main. Je me souviens d'un pâté de grives et d'un Muscadet pas piqué des hannetons. 
    Question poids, il y a quelqu'un qui s'y connaissait : Blaise Cendrars. Cet homme avait une conscience profonde des corps, de leur enveloppe, de leurs mouvements, de ce qu'ils dégagent. Il écrit dans Sur la robe elle a un corps :
     Mes yeux sont des kilos qui pèsent la sensualité des femmes (1)
        Et dans Tu es plus belle que le ciel et la mer :
    Je sors de la pharmacie
    Je descends juste de la bascule
    Je pèse mes 80 kilos
    Je t'aime. (2)
        Tout se pèse.
        Tenez, prenez la poésie d'Alain Borne, une poésie de lumière et de désir, jusqu'à la brûlure. Eh bien, elle me laisse en bouche un goût d'amande caramélisée ; et les amandes, on en achète une grosse poignée, 250 - 300g. Les mots de Léopold Sédar Senghor dégagent, quant à eux, une impression de chocolat noir légèrement amer ; ils ont été nourris du chant de Marône la poétesse de son village - une tablette par lecture. Il y a aussi cette terre rouge du Sénégal emportée sous les ongles des esclaves passés par l'île de Gorée ; ça fait quoi 1-2 grammes qu'on multiplie par le nombre d'hommes, de femmes et d'enfants par traversée, à raison de tant de traversées par an, pendant des dizaines et des dizaines d'années… Chez Barjavel, j'entends le bruit du plateau de la balance quand le boulanger pèse ses pâtons. Je mange à mon petit-déjeuner un quart de baguette, pas plus, soit 50 grammes environ. Avec Andrée Chedid, on aperçoit des kilos d'étoiles, même en plein jour. À première vue, les ellipses d'André du Bouchet laissent un lecteur perplexe, mais avec le temps, elles valent leur pesant de cacahouètes ; et je m'y connais en cacahouètes, j'en ai récolté des journées entières. Pessoa, lui, laisse une toute autre impression, il vous fait comprendre que vous n'êtes qu'une pierre qu'on lance en l'air. Elle pèse combien celle qu'on glisse dans un lance-pierre ? 
     
        Il y a autre chose qui pèse, eh sacrement en plus ! Ce sont les envies. Je me souviens d'une envie de livre, un album de Tintin, qui appartenait à Germain, un camarade de classe, un patos qu'on disait en Algérie. Je n'en avais jamais lu. Il m'avait fallu négocier d'arrache-pied pour pouvoir le lire à la récréation. Ça m'avait coûté un Blek le roc, deux agates et j'ai dû laisser Germain jouer avec mon boulard de verre qui, quand on le lançait, donnait l'impression de tout dévaster sur son passage. Il pesait quoi mon boulard, 50 grammes peut-être.
     
        J'ai assisté à une vente de livres au poids. Étrange, comme impression. Il y certes le poids réel du papier et du carton, le poids des mots, c'est-à-dire leur impact. Mais a-t-on déjà calculé le ratio entre le poids physique d'un auteur et le nombre de mots qu'il a écrit ? Dans ce cas, quelle valeur donner à ce résultat ? À mon avis, la seule balance qui compte est la relation intime entre l'auteur et le lecteur. Et ça, ça n'a pas de poids. On dit aussi : ça n'a pas de prix. Mais, c'est une autre histoire…
    Le corps de la femme est aussi bosselé que mon crâne
    Glorieuse
    Si tu t'incarnes avec esprit
    Les couturiers font un sot métier
    Autant que la phrénologie
    Mes yeux sont des kilos qui pèsent la sensualité des femmes
    Tout ce qui fuit, saille avance dans la profondeur
    Les étoiles creusent le ciel
    Les couleurs déshabillent
    "Sur la robe, elle a un corps"
    Sous les bras des bruyères mains lunules et pistils
    quand les eaux se déversent dans le dos avec les 
    omoplates glauques
    Le ventre un disque qui bouge
    La double coque des seins passe sous le pont des arcs-en-ciel
    Ventre
    Disque
    Soleil
    Les cris perpendiculaires des couleurs tombent sur les cuisses
     
    ÉPÉE DE SAINT MICHEL
     
    Il y a des mains qui se tendent
    Il y a dans la traîne la bête tous les yeux toutes les fanfares 
    tous les habitués du bal Bullier
    Et sur la hanche
    La signature du poète (1)
     
    (1) Blaise Cendras. Sur la robe elle a un corps. Février 1914. Tiré de "Dix-neuf poèmes élastiques". Editeurs : Denoël, puis Gallimard. - (2) Blaise Cendrars. Tu es plus belle que le ciel et la mer. Extrait.

  • Un nouveau chapitre

    Il était dix-huit heures, l'heure où j'avais prévu de me lever de ma table. J'hésitais, je n'avais rien sorti de concret, des pages entières avaient été effacées. Cela faisait des jours que ça durait. Je me disais que j'écrirais mieux le lendemain. Il faut dire qu'avec le bruit que faisaient les mômes d'à côté, j'avais du mal à me concentrer. Les voisins ont quatre enfants. Avec le confinement, ils devaient les aider à suivre les leçons sur le net, cuisiner, langer le dernier, demander à l'ado de poser son smartphone le temps des repas, sans compter les vaisselles, les courses et le télé-travail qui écarte les murs de l'appartement et ceux du code du travail. Forcément, ça finissait par coincer.

    Un jour, le raffut a été tel que j'ai mis un disque, du Mozart, pour ses vertus apaisantes, paraît-il. En vain, les enfants ont poursuivi leur chahut. Je ne leur en veux pas, au contraire même. Au bout d'un moment, leurs cris sont devenus ceux de mon enfance par je ne sais quel tour de magie. J'ai entendu les appels des cireurs de chaussures à la sauvette. Des mômes de huit, dix ans qui trimbalaient leurs boîtes de cireur et proposaient leur service aux passants et aux hommes attablés aux terrasses de café. J'admirais leurs boîtes décorées de grosses semonces de tapissier qui étincelaient tant elles avaient été frottées.

    L'enfance me revenait grâce à mes petits voisins, que j'avais pris en grippe et qui, pourtant, m'apportaient la solution. C'est l'une des leçons que je retiens de ce confinement : changer ma façon de voir. Je ne sais pas si je devrais m’"assassiner chaque jour", comme le préconisait le peintre Miro, pour avoir une chance de sortir quelque chose de valable.

    L'enfance me ramenait aussi à un poète que j'avais rencontré dans les années 80, Paul Vincensini, qu'on a souvent catalogué dans les poètes comiques. À tort. Ses poèmes ont le sourire du désespoir. Il écrivit dans ses feuillets  

    Je ne suis plus un enfant

    C'est mon enfance qui pleure

    Et plus loin :

    Il y a des enfants gais

    Qui ressemblent à des chiens

    Et des enfants battus

    Qui ressemblent aux chevaux (1)

    Chevaux qu'il mettait volontiers dans le ciel, avec une formule qui ravissait le poète Jacques Imbert.

    Mettre un peu le cheval dans le ciel

    Et les oiseaux au boulot (2)

    La mienne d'enfance a été plutôt heureuse. Si ce n'est de rares coups de ceintures, auxquels je n'attache pas d'importance. C’était chose courante à cette époque.

    Avec le déconfinement, mes voisins ont retrouvé leurs activités. Les parents sont retournés au travail et les enfants à l’école, sauf le grand qui doit être sur son smartphone. Disons qu’ils sont passés à un nouveau chapitre. Tout comme moi. J’ai commencé à écrire sur les cireurs de chaussures à la sauvette et je me suis revu dans mon quartier jouant au pitchac, une balle faite de rondelles de caoutchouc découpées dans une chambre à air de vélo. Il fallait shooter après avoir jonglé du plat du pied ou du genou. Celui qui réalisait une djavalette marquait deux points. La djavalette consistait à shooter en retournant son pied. Puis l'écriture m'a transporté dans mon école, rue Paixhans. J'étais ravi de retrouver le chahut de la récréation, les chuchotements dans le rang, l’appréhension au moment des interrogations, les silences aussi. Je m'absentais parfois, un œil sur le tableau, un autre vers la rue ; je rêvais que j'étais dans le camion de mon père et que la route nous menait vers le désert. Le monde s'ouvrait et se refermait sous le regard du maître. J'ai eu des flashs de mitrailles et d'explosions. 

    L'enfance, une terre de feu et de lumière, devenue source secrète. 

    C'est ce qu'elle était pour Paul Vincensini.

    Un enfant veut répondre

    Il a levé le doigt

    Dans une vieille école

    Qui n’existe plus

     

    La neige a fondu sous les bancs

    Il fait chaud comme à l’écurie

    Et l’instituteur

    A souligné tous les verbes à la craie bleue

     

    L’enfant qui veut répondre

    A fait claquer ses doigts

    Tachés d’encre violette

    Dans une vieille école

    Qui n’existe plus (3)

    Le credo de Paul Vincensini était que la poésie puisse être lue partout. Il n'avait de cesse d'en convaincre ses interlocuteurs. Il était aussi l'ami d'Alain Borne.

    André Cohen-Aknin

    (1) Paul Vincensini, Œuvre poétique, Vol. I et II composés par Michel Rouquette - L'arbre à Paroles Editeur - (2) ibid -(3) ibid.

    Lettre d'un colporteur-liseur N° 18

  • Les poètes Alain Borne et Paul Vincensini

    Nous avons eu le plaisir de présenter une lecture musicale le 30 octobre 2015 à la Médiathèque de Montélimar en soirée de clôture du Centenaire de la naissance d'Alain Borne. Avec beaucoup de talent, Lise Péchenart, violoncelliste qui nous accompagnait, a glissé ses mélodies, souvent improvisées, entre les textes ou à l'intérieur des poèmes.

    Nous avons connu Paul Vincensini. Celui-ci, ami d'Alain Borne disait qu'Alain avait été son initiateur en poésie. Quant à nous, nous avons marché sur les traces de Paul dont l'ambition était de faire vivre la poésie.

    Pierre Seghers disait qu'Alain Borne était avec Paul Eluard l'une des grandes voix amoureuses du XXe siècle. Ses poèmes de passion et de sensualité jaillissent peut-être d'autant plus intensément qu'il est hanté par la mort. Pour cette soirée souhaitée légère, nous n'avons donné que la face amoureuse. Paul Vincensini, poète funambule, pouvait apporter son humour qui cache une forme de gravité.

    Les deux poètes savaient la fêlure qui était en eux et que nous avons tous, mais ils en avaient la lucidité et seule la poésie leur permettait d'avoir les yeux ouverts. L'un se perd dans la femme aimée sans jamais pouvoir assouvir son désir d'absolu. L'autre ne cesse de revenir à l'enfance, de célébrer avec désinvolture les pierres, les oiseaux, le cheval, la rivière… dans la dualité des personnages "Toujours et Jamais."

    Deux poèmes dits en cette soirée :

    Tu étais belle ce soir dans le soleil

    plus que de lui vêtue

    on aurait dit que tout entier

    il se donnait pour te faire. 

    Tu me brûlais de loin

    tantôt tu étais d'or

    tantôt de miel tantôt de lait

    tu étais la rosée

    doublant de transparence l'aubépine.

    Je te savais brûlante

    je te savais la fraîcheur même

    tu étais l'aube mystérieusement couchée

    sur un million de lis.

    Alain Borne "La nuit me parle de toi" 

     

    Moi j'ai toujours peur du vent

    Me voici

    Mes poches

    Bourrées de cailloux

    Pour rester avec vous

    Ne pas m'envoler dans les arbres.

    Paul Vincensini "Toujours et jamais"

    Après la lecture, il y a eu un échange chaleureux avec le public, Chantal Brunel et Thierry Trial de la médiathèque. Merci à tous.

    Geneviève et André - Ass. BLEU 31

    Les œuvres complètes d'Alain Borne aux éditions Curandera sont épuisées. Des recueils ont été publiés chez des éditeurs dont : Voix d'encre, L'atelier du Hanneton, Jacques Brémond…

    L'œuvre poétique de Paul Vincensini est publié aux éditions L'arbre à paroles. Une sélection pour les enfants : "Je dors parfois dans les arbres" aux éditions Motus

  • Balades poétiques en Drôme

    rochefort-en-valdaine,ancône,moines de tibhirine,st marcel-les-sauzet,lise péchenart,paul vincensini,andré cohen aknin,geneviève briotLes balades poétiques "Il pleut des oiseaux bleus" ont fait vibrer les mots dans le château de Rochefort-en-Valdaine où errent encore les âmes d'un passé rude et enchanté.

    Nous avons été accueillis dans l'église d' Ancône où les oiseaux bleus sur les vitraux étaient lumière. Nos voix étaient portées par la sérénité fraternelle des moines de Tibhirine. L'église restaurée leur est dédiée.

    A St Marcel-les-Sauzet, nous étions enveloppés des pierres du passé et des bruits du jour, du lavoir à l'église romane, la poésie traçait son chemin.

    Dans tous ces lieux, le violoncelle de Lise Péchenart lançait ses notes de terre et de ciel, éclairait les mots d'amour, de liberté, de voyage, vibrait dans un temps hors du temps, celui de la poésie.

    "l'oiseau seul a tout le ciel pour s'étirer dans tous les sens" Paul Vincensini

    Les visages des "écoutants" devenaient des livres.

  • Il pleut des oiseaux bleus

    Dans le cadre d'Itinérance(S) 5èmeédition - Montélimar Agglomération, nous donnerons des balades poétiques. 2015 fête le centenaire de la naissance du poète Alain Borne.

    Lecture de Geneviève Briot et André Cohen Aknin. Avec Lise Péchenart, violoncelliste :

    "Toujours et Jamais traversent le village sous les rires des pierres et des arbres, parlent de rencontres, d'amours et de rêves. Ils nous invitent à la découverte de poètes dans une farandole de textes où pleuvent des oiseaux bleus. Leur credo : rien ne nous soutient mieux dans la vie qu'une bonne paire de poèmes."

    - Château de Rochefort-en-Valdaine, le samedi 14/03 à 15h30

    - Ancône, le samedi 21/03 à 15h30

    - St Marcel-Les-Sauzet, le dimanche 29/03 à 15h30

    Itinérance[S] - 04 75 54 35 73 - montelimar-agglo.fr - Ass BLEU 31 - 04 75 02 61 93 - bleu31@orange.fr - http://briot-cohenaknin.hautetfort.com/ - Lise Péchenart limaca@riseup.net

    Pour blog il pleut.jpg

  • Le monde est nu

     

    2015 Le monde est nu.jpg

    Cette année, nous fêterons le centenaire de la naissance d'Alain Borne. Il est né le 12 janvier 1915 dans l'Allier, il a passé son enfance en Ardèche à Privas et a vécu ensuite à Montélimar où il fut avocat. Il disait : "Pour moi, seule la poésie est vie, tout le reste est subsistance." 

    "Je songe à vous dans le soir dont la pluie contre moi resserre la présence.

    Le monde est nu, je voudrais le vêtir d'un poème d'amour comme la page blanche.

    Ma main répand de petits rêves froids, je construis de maigres vies grelottantes, j'aide à voir quelques yeux qui n'ont plus de refuge qu'en l'automne des livres.

    Le monde est nu, je n'ai qu'un cœur de glace à l'équateur de mon amour. Et pourtant le soleil m'avait paru si pauvre que je lui préférai mon gel de naissance.

    Faudra-t-il que je parte sans réussir ce feu dont j'assemblais les branches ?"

    Saurons-nous faire chanter les poèmes d'Alain Borne et faire vibrer ses mots en brasiers ?

    Geneviève & André

  • Silence !

    Voici ce que j'avais projet de lire en préambule lors de la table ronde "dire avec la voix, dire avec la plume" des "27 heures chrono" Baz'Art des Mots (2014). Faute de temps, le débat n'eut pas lieu. Ce n'est que partie remise, j'espère. On me demandait un avis tranché. Le voici :

     Je pense que dans ce monde où l'actualité nous parvient comme un tourbillon, nous manquons cruellement de silence.

    Le silence appartient au processus de la parole comme il appartient à la musique. Indispensable.

    On peut comparer le silence au vide de l'univers, la voix aux étoiles et aux planètes. Le silence est un immense champ de découverte. Il est un renouvellement de la parole pour qu'elle devienne audible. 

    Parole et silence semblent des contraires, alors que l'un possède l'autre comme le Yang et le Yin sont réunis en chaque partie du corps, en chaque chose. Le lien est constant. Un peu comme au théâtre où les "contraires" provoquent le mouvement. Rien n'est statique, rien n'est acquis. Un peu aussi comme la décroissance, dont on parle aujourd'hui, qui n'est pas la négation de la croissance mais son renouvellement. Le silence est source de renouveau pour la parole parlée et écrite. Donner un sens à l'un donne un sens à l'autre.

     Le silence comme viatique à la fête, à la pleine possession du corps. C'est aussi un temps où l'on apprend à parler avec la voix de la terre.

    Le silence comme époux de la parole. "La poésie, ce sont les noces de la paroles et du silence", nous dit Guillevic.

     Transversalité de la parole et du silence, comme oralité et écriture, corps, espaces, matières. Des lieux sans frontières.

     Je propose de fomenter des silences, jusqu'à l'insurrection ! Créons des brigades de silence !

     Le silence comme un rêve de l'autre. Aucune rencontre n’est anodine. C’est “l’autre” qui te métamorphose. Aller à sa rencontre, c’est aussi aller à la rencontre de soi, trouver la source d’une renaissance, inventer le temps qui reste.

    Offrons-nous ces moments. Partageons-les comme on partage un repas. D'autres paroles viendront ensuite, naturellement.

    Jusqu'à la débandade. 

    Aux mots du poète Alain Borne "Je pense que tout est fini qui retenait la toile / Je pense qu'il reste dorénavant surtout à mourir". Ce qui, ici, retient la toile est pour moi le silence. Je préfère ceux pleins de vie et de fougue de Blaise Cendrars "Quand je pense, je suis un animal en rut qui se vautre la verge haute stupide vers le futur. Quand je pense, je suis la débandade effrayée des sons d'une symphonie, la débandade de l'harmonie et du silence".

    Je termine ce préambule avec Philippe Jaccottet : "Le travail du poète est de veiller comme un berger et d'appeler tout ce qui risque de se perdre s'il s'endort".

    André Cohen Aknin, juin 2014

  • Les mots qu'il faut

    Dans la tourmente et devant la folie des hommes, nous écoutons les poètes qui ont toujours les mots qu'il faut.

    "A force de parler d'amour
    vous sentirez à vos lèvres ce mot
    comme de la neige
    plutôt que du sang."

    Alain Borne