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un lit dans l'océan

  • Un lit dans l'océan - Nouvelle présentation

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    Un lit dans l'océan
    d'André Cohen Aknin
    roman
    Editions Parole, 2021 
    Collection “Regard d’homme"
    ISBN : 978-2-37586-090-8

     

     

    Ce livre commence par la préparation d'une soupe, une loubia ! Une manière pour le narrateur de se rapprocher de sa mère, une vieille femme juive d’Algérie atteinte par la maladie d’Alzheimer.
     
    Il ne l'a pas vue depuis des mois et lorsqu'il la retrouve, la maladie s'est aggravée. Il est démuni et tente de la faire émerger du brouillard dans lequel elle est enlisée en évoquant sa vie de couturière à Oran, de rapatriée à Paris et, aussi, les plaisirs et les tragédies du passé. Face au silence, il s'accroche à la cuisine, ce lien viscéral qu'il a avec sa mère pour qui chaque plat s'inscrit dans une histoire, une tradition.
     
    Quand elle émerge, ce ne sont que mélopées, phrases éclatées et mots qui se délitent, une sorte de langue imaginaire. Le fils est pris par le rythme, la vibration. Des dialogues étranges surgissent. Puis c'est au tour de la musique arabo-andalouse de l'entraîner dans un tourbillon, de le ramener à l'Algérie, leur source commune.
     
    Un lit dans l'océan est un roman d'amour.

  • Des saveurs et des livres au Bazar de St Martin en Vercors

    "Des saveurs et des livres" au Bazar de St Martin en Vercors,
    par Geneviève Briot

    Du 6 au 12 août 2021 était organisé le Bazar de St Martin en Vercors, à l'initiative de la Cie Cyrène, avec Michel et Jacotte Fontaine : musique, théâtre, danse, lectures, film et chants au fil de la semaine sur le thème Le pain dans tous ses états.

    Nous les Colporteurs, André et Geneviève, avec Naïs, nous présentions une lecture Des Saveurs et des livres, un menu différent chaque jour. Nous étions dans la rue, sous le regard bienveillant de Raymond et Ginette, nos voisins de porte. Nous affichions des poésies comme d'autres accrochent leur lessive, montrant ainsi nos dessous les plus intimes, les poésies qui nous collent à la peau. Les cailloux peints et les tissus poèmes de Naïs montraient le chemin de la place jusqu'à nous.

    Nous présentions nos derniers ouvrages : Un lit dans l'océan, le lien entre une mère et son fils ponctué de saveurs orientales, D'azur et de feu où Josette l'héroïne croque la vie à belles dents.

    Ces extraits étaient ponctués de poèmes de Blaise Cendrars, Mahmoud Darwich, Guillevic, Pablo Neruda, François Cheng, Alain Borne, Paul Vincensini, Jean-Louis Novert et autres boulangers et pâtissiers des mots.

    Avec les Touaregs, nous avons fêté l'eau : "Annoncez que l'eau doit être partagée, annoncez-le à tous les peuples de la terre", tout en accueillant Omar Khayam venu de la Perse du XIIe siècle pour célébrer le vin.

    Notre table était ouverte à tous. Bernard Vandewièle est venu parler de son livre Brigitte l'œuvre à vif, Juan Antonio Martinez a slamé accompagné par Esteban au saxophone, Marie a chanté un poème de Victor Hugo, Cécile a dit La lionne de Jacques Prévert…

    Dans cette période de pandémie où nous avons été privés de lectures publiques, ce fut un plaisir de partager avec des personnes réellement présentes.

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  • Une métaphore de ce qui s'est passé en Algérie

    "Une métaphore de ce qui s'est passé en Algérie", à propos de "Un lit dans l'océan",
    de Denise Brahimi, devrait être publié sur le site de Coup de Soleil en Auvergne / Rhône-Alpes en septembre 2021
     
    Plutôt que d’un roman, mieux vaut parler pour ce livre d’un récit poétique, titre que l’auteur lui-même avait suggéré pour l’un de ses premiers textes, « Le sourire de l’absente » en 2012.

    L’absente ici, c’est la mère du Narrateur, absente à elle-même car elle est toujours de ce monde, mais durement frappée par la maladie d’Alzheimer, dont il est bien évident qu’elle ne sortira pas désormais, malgré les efforts, sans doute un peu dérisoires, que son fils fait en ce sens. Il est venu la voir là où elle vit désormais, à Cannes, sous la garde constante d’une personne payée pour veiller sur elle. A dire vrai, c’est plutôt le frère aîné du narrateur qui s’en occupe et qui assume la charge de cette vieille dame, Juliette, alors que lui-même s’en est peu soucié jusque là. Et cette visite est autant une recherche de lui-même que de sa mère, en tout cas une tentative de retour en un lieu qui leur serait commun.

    Cette tentative n’est pas complétement inaboutie, ni pour l’un ni pour l’autre, même si l’idée de guérison n’a pas plus de sens que celle d’un retour au passé. Le fils s’y prend d’une manière originale, et sans doute la moins inadaptée. Il va essayer de faire resurgir le passé par le biais de quelques sensations dont quelque chose aurait pu survivre au naufrage de la raison.

    Ce ne sera donc pas les sensations les plus élaborées et si l’on peut dire les plus culturelles, mais un mélange de goût et d’odorat, lié à ce qui a été un aspect essentiel dans la vie de Juliette, à savoir la cuisine : une cuisine très particulière, celle des juifs algériens telle qu’elle la pratiquait à Oran avant que le rapatriement en France ne l’amène à quitter l’Algérie dans des circonstances historiques dont l’auteur ne parle pas directement, puisque tel n’est pas le sujet de son livre. C’est une cuisine que les non avertis découvriront et que d’autres reconnaîtront peut-être, à base d’ingrédients tout à fait spécifiques et que le narrateur, par chance, réussit à trouver à Cannes grâce à un épicier d’origine algérienne qui devient un véritable ami, à dire vrai le seul, pendant son séjour.

    Le fils de Juliette a certainement connu dans sa vie bien d’autres aventures, notamment des voyages, et la cuisine n’a pas été son occupation habituelle, ni même occasionnelle, auparavant. Il est très émouvant de voir l’application qu’il met à retrouver les recettes de sa mère, non sans tâtonnements mais avec beaucoup d’application et de modestie ! On comprend, sans qu’il soit besoin de commentaires autres que factuels (tels que l’importance des haricots dans cette cuisine) l’importance de l’expérience qu’il vit à travers cette forme de retrouvailles ; et sans doute ne savait-il pas qu’il allait la vivre en venant à Cannes, pas plus que nous ne savons ce qui lui en restera après son départ, qu’on sait définitif, à la fin de ce petit livre. Mais c’est un moment qu’il aura vécu sans réserve, et c’est en cela qu’il est touchant.

    Pour ce qui est de Juliette elle-même et pour autant qu’il soit possible d’en parler, on ne peut dire que les tentatives et la présence de son fils n’aient sur elle aucun effet, même si elle est bien évidemment incapable de le signifier en langage articulé. En fait elle s’est inventé un langage à elle, que son fils essaie de reproduire pour nous le livrer, un agencement de sons qui semblent correspondre à une sorte de musique intérieure et qui ne sont pas dus au hasard puisqu’ils sont récurrents. 

    Sur le rôle et la place possibles de la musique dans cette redoutable maladie (dont on consent à parler davantage aujourd’hui, malgré le silence dans lequel les malheurs sont traditionnellement enfouis),  le livre d’André Cohen Aknin ouvre des horizons en citant abondamment des chants et des chanteuses aussi dont la plus connue est sans doute Reinette l’Oranaise ;  en sorte que son « récit poétique » est aussi un récit musical, au sens où on parle par exemple de « comédie musicale » mais de façon plus secrète et plus intime. Reinette l’Oranaise était d’origine juive puisque fille d’un rabbin de Tiaret, de même Line Monty, dont l’auteur cite assez longuement les paroles, qui étaient un mélange de français et d’arabe :
    « Et on m’appelle l’Orientale
    La blonde au regard fatal… »
    Le narrateur découvre que sa mère a chanté à la manière  de Reinette l’Oranaise alors que lui-même, adolescent à l’époque, détestait ce genre de chansons, au profit de Richard Antony et des Chaussettes noires. La mémoire absente de sa mère est finalement pour lui un moyen de retrouver des  bribes de leur passé, commun ou séparé. Sans évoquer le témoignage trop écrasant de Proust, il apparaît que la mémoire obéit à des procédures qui n’ont rien de rationnel, et que peut-être même elle les fuit.

    L’histoire de Juliette pourrait être une sorte de métaphore de ce qui s’est passé dans l’histoire de l’Algérie il  y a quelques décennies, un engloutissement dont pourtant, sous une forme presque inaudible, on trouve ici ou là des remontées aussi saisissantes qu’inespérées. Le récit poétique d’André Cohen Aknin ne cherche pas à en faire la théorie, il n’en est que plus convaincant.

  • Voyage au pays des saveurs

    Voyage au pays des saveurs
    de Genevieve Briot pour la revue A. LITTERATURE ACTION
     
    Qui se laisse porter sur l'océan ? Est-ce le narrateur qui s'abandonne au chant de la vague ? Est-ce Juliette sa mère qui vogue sans repères dans la maladie d'Alzheimer ?
     
    Le fils revient vers elle après une longue absence. Un choc. Le souhait des retrouvailles pourrait s'arrêter là, tant le silence qu'elle lui oppose est impénétrable, tant il est démuni par son mutisme. Elle est devenue une inconnue. Comment la rejoindre ?
     
    Bien sûr, dans sa jeunesse, iI avait voulu aller à contre-courant des habitudes et souhaits du milieu familial, pour devenir LUI dans sa part solitaire et indépendante. Désir d'un enfant bouleversé par la guerre d'Algérie, d'un adolescent meurtri par une forme d'exil et qui avait soif d'un ailleurs, de plusieurs ailleurs.
    Combat de l'homme avec l'ange qui rallie la terre et le ciel, l'individu à l'être.
     
    Sa mère est la nourriture terrestre qui porte le parfum d'un pays, d'une histoire. En sa présence végétative, il entreprend un voyage au long cours où il lui faut vaincre des obstacles. Les odeurs, les goûts de la loubia et des plats des fêtes juives d'Algérie concrétisent le chemin sur lequel il entraîne le lecteur avec humour et gourmandise. L'apaisement vient avec le triomphe des sensations, des saveurs de l'enfance.
     
    Ils ont vécu dans deux mondes qui s'ignoraient mutuellement.
    Raviver la vie heureuse et tragique de Juliette, les musiques d'autrefois, raconter enfin ses voyages à lui, ses épreuves, sa passion de la lecture à elle qui lisait à peine, son envie d'écrire qui a progressé pas à pas.
    Ce qui n'a jamais été dit est révélé à travers des dialogues surréalistes, des rêves…
     
    Juliette a oublié parole et sensibilité au monde qui l'entoure. Il faut reconquérir le lien perdu, syllabe à syllabe, mot à mot, note à note, regard à regard. La présence attentive du fils prodigue, la musique de ses mots opèrent un éveil.
    Le narrateur flotte sur la vague des onomatopées de la vieille dame, de ses sons et phrases décousues. Par un nouveau langage fait aussi de voix et de gestes, il réunit deux mondes séparés.
     
    La phrase est ajustée dans sa musicalité, souvent proche de l'oral, ce qui donne une présence physique au texte, une résonance vivante. 
     
    On perçoit là tout l'intérêt d'André Cohen Aknin pour le théâtre, pour le métier au sens étymologique du mystère, du travail et de l'artisanat ; il a été menuisier. 
     
    Roman de conciliation, de reconnaissance, d'harmonie. Roman d'amour donc.
     
    "Ma mère a le don des femmes vêtues de sable rouge… de celles qui écrivent avec leur cuisine d’où s’élève le parfum des épices… Sous ses mains, les grains de semoule parlent du désert, des chamelles, du quartier, des cris des enfants et du joueur de flûte sous un ciel étoilé…"