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Guillevic

  • Le rendez-vous

    "Cours aussi longtemps que tu le veux dans la journée, mais n’oublie pas de te rattraper avant le coucher du soleil."

    J’ai entendu ce proverbe dans la bouche d'un joueur de sitar avec qui j'ai cheminé au cours d'un festival à Carcassonne. La sagesse de ce petit homme de l'Inde du Nord m'avait fortement impressionné, moi jeune Parisien de vingt-et-un ans. Nous nous étions rencontrés au parc des Buttes Chaumont où il jouait un râga (1) du soir sur une pente face au couchant, en compagnie d'un compatriote longiligne, discret, un joueur de tampura, un instrument à long manche qui donne le rythme. D’habitude, ils jouaient avec un joueur de tablas (2), mais cette fois, il n’était pas du voyage. Ils avaient besoin de quelqu'un pour traduire leur anglais. Alors je les ai accompagnés.

    C'est ainsi que j'ai découvert la musique indienne, ses rythmes. Comme un rendez-vous, qu'il soit du soir ou du matin, dans un dialogue avec l'inconnu. Les joueurs de sitar et de tampura se marient avec le temps et les êtres autour d'eux. Des râgas, monte une note qui vous parle, le vâdi (3). Elle vole, tourbillonne, revient sans cesse et nous accompagne bien après.

    Les musiciens trouvent toujours un moment pour s'isoler. Ce temps est un rendez-vous, un rendez-vous avec soi-même.

    En ville, il y a des lieux où ces rendez-vous sont possibles, même au milieu des autres : les bistrots. Hélas, ils sont actuellement fermés. Donc, pas de terrasses où boire une bonne bière fraîche. J'ai une préférence pour la blanche avec une rondelle de citron.

    Certains viennent à leur rendez-vous avec eux-mêmes en marchant, d'autres en courant, d'autres encore avec du qi Gong, du taï chi, du yoga. Moi, je passe le balai à onze heures du soir. Il suffit parfois de quelques secondes pour enlever le poids de toute une journée. Le balai comme manche de sitar, ce n'est pas si mal !

    Dans son texte "Le rendez-vous", Guillevic chemine plus avant. Un texte écrit à une période où il était question d'un autre confinement. C'était pendant la guerre, en 1943. Guillevic n'écrivait pas encore en vers.

     

    "Certes, quand on a la santé et des jambes et des pieds à peu près solides, on peut toujours marcher.

    Et c'est vrai que ce n'est pas rien, de savoir que l'on peut bouger et, effectivement, aller ailleurs.

    Mais voilà, précisément : si l'on marche, est-ce pour aller ailleurs ? Pas toujours, certainement. On marche pour bouger, pour remuer le corps, pour voir d'autres lieux, pour respirer un autre air.

    Il arrive donc que l'on marche sans but. Et il y a vraiment des jours où cela donne pleine satisfaction. Mais pas toujours. On se fatigue souvent rien qu'à la pensée qu'on va marcher, entrer dans une rue puis dans une autre à peu près pareille, ou différente, ça ne fait rien.

    Et bien, si l'on n’est pas heureux, c'est qu'on marche alors sous le poids de la durée, qu'on marche ainsi sans que notre temps à nous ait rendez-vous avec la durée en général.

    Et c'est pourquoi il est bon d'avoir un endroit où l'on sait que ce rendez-vous est fixé et toujours possible.

    Voyez cet homme qui sort du village, jouant avec sa canne. Il n'a même pas besoin de chien. Il grimpe la colline. Il sait où il va. Il y a là-haut, dans la forêt, un coin qui le voit souvent. Il sait à l'avance comment ce sera, où sera l'ombre, où la pénombre, où la lumière, comment sera la plaine et où il posera la tête. Il connaît d'avance ce que ses mains penseront de la mousse.

    C'est là que son temps à lui va retrouver la durée en général et jouir de ce merveilleux rendez-vous.

    Ah ! Il peut s'allonger sur la mousse et jouir du rien dans le tout, puisque qu'il ne sent plus le poids, ce poids.

    Certes, la béatitude ne peut durer. Mais est-ce que ce n'est pas énorme déjà de pouvoir compter sur elle tous les jours pour quelques secondes, quelques minutes, quelques heures ?

    Et même après, on est mieux qu'avant, beaucoup mieux.

    D'ailleurs, il s'est toujours passé quelque chose d'inattendu. Rien de tel que cette rencontre du temps et de la durée pour suspendre cet impondérable, cet invisible inattendu qui réussit en nous cette émotion que même la musique ne peut donner car elle reste toujours, et dans le meilleur des cas, sur le seuil." (4)

     

    J’apprécie le texte de Guillevic, mais si je ne partage pas ses mots sur la musique.

    André Cohen-Aknin (AAKC)

    (1) Le râga est un mode musical qui laisse place à une improvisation, tout comme on retrouve dans le jazz. - (2) Tabla : instrument de percussion. - (3) Le vâdi, qui signifie "parlante", est une note prédominante. Elle est toujours accentuée et sert de point de départ aux variations mélodiques qui finissent sur elle. - (4) Guillevic. Le rendez-vous, daté du 23 février 1943. Proses ou Boire dans le secret des grottes (1935-1943), Editions Fischbacher. 2001.

    Lettre d'un colporteur-liseur N° 13

  • Qui suis-je ?

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    Qui suis-je ? demande Guillevic dans son recueil "Maintenant". 

    Oui maintenant, à l'heure où nous nous interrogeons sur l'après coronavirus, relisons ce poème, qui en quelques mots donne le la, la note juste.

     

    Qui suis-je ?

    Je suis l'usufruitier 

    Du domaine.

     

    En moi 

    Des milliards de courbes

    Se rencontrent, se croisent.

     

    En moi

    Tous les courants qui font le monde (1)

     

    À nous humains qui voulons dominer, posséder, consommer, rappelons-nous que sur cette terre, nous n'avons que l'usufruit. 

    Si nous comprenons cela, tous les espoirs sont permis.

    Geneviève

    (1) Guillevic - Maintenant, Editions Gallimard, 1993

  • La poésie nous accompagne

    La poésie nous accompagne

    “Si tout poème est une fête, il est en même temps une arme” écrit le poète Guillevic

    Sommes-nous alors dans un combat ? 

    Oui. Un combat contre l’aveuglement énergétique et social, l’individualisme, le manque de courage et de perpectives.

    C’est pourquoi, le Collectif citoyen appelle à un réveil, chacun à sa mesure, pour aller à la rencontre de l’autre, pour partager, ici à Bourg-de-Péage, pour imaginer des transitions dans cette période bouleversée que nous vivons, pour agir, et, ceci, dans l’intérêt de tous.

    Ma mesure est de dire que ce partage peut aussi se faire par les mots des poètes.

    Leurs poèmes ne se nourrissent pas que de roses et d’oiseaux ; ils ne nous parviennent pas de limbes inaccessibles et ne sont pas qu’un souvenir évanescent d’un lointain passé scolaire.

    Leurs poèmes ont leur place parmi nous, au plus près de notre quotidien ; ils savent nous sublimer, ouvrir notre horizon. Guillevic écrit : 

    « Il y a des limites 

    partout tu en trouveras

    Sauf dans ton désir 

    de les franchir”

    La poésie est à tous ! Elle nous tient éveillés, vigilants, comme le souligne Philippe Jaccottet : le travail du poète est… “de veiller comme un berger et d’appeler tout ce qui risque de se perdre s’il s’endort”

    La poésie avance. C’est pourquoi, j’en suis convaincu, elle fait partie de cette transition, dont nous parlons si abondamment. Et avec elle tous les autres modes d’expression culturelle.

    Je voudrais apporter ici, de temps à autre, le texte d’un poète pour nous accompagner.

    André Cohen Aknin (AAKC) 

    Lettre d'un colporteur-liseur N° 0 publiée sur le site LE PEPS

    *

    Voici la lettre N°1 :

    Chers tous,
    Comme vous le savez, je suis un colporteur-liseur depuis de nombreuses années, seul ou en compagnie de Geneviève Briot et parfois avec d'autres lecteurs, des musiciens.
    La situation d'urgence à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui, pour cause de coronavirus, ne me permet pas d’être près de vous, physiquement s'entend. 
    C'est pourquoi je prends un autre chemin. Je le ferai par mail, comme si je vous donnais un texte à l'oreille.
    Je vous adresserai, de temps à autre, quelques mots et des textes de poètes, de ces hommes ou de ces femmes volants pour qui le temps ne compte pas et qui savent avant l'heure.
  • Face à la tragédie un poème

    Dans la tourmente que nous vivons, nous pensons à ce poème de Guillevic que nous avons envie de partager.

    Douceur

    Je dis : douceur.

     

    Je dis : douceur des mots

    Quand tu rentres le soir du travail harassant

    Et que des mots t'accueillent

    Qui te donnent du temps.

     

    Car on tue dans le monde

    Et tout massacre nous vieillit.

     

    Je dis  : douceur

    Pensant aussi

    A des feuilles en voie de sortir du bourgeon,

    A des cieux, à de l'eau dans les journées d'été,

    A des poignées de main.

     

    Je dis : douceur, pensant aux heures d'amitié,

    A des moments qui disent

    le temps de la douceur venant pour tout de bon,

     

    Cet air tout neuf

    Qui pour durer s'installera.

     

  • Voyage au cœur de nous-mêmes

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    Au cours d'un stage de Qi Gong avec le Dr Liu Dong*, nous avons ressenti plus que du bien-être. Il y a chez Liu Dong une vibration que l'on rencontre chez certains poètes. Une vibration qui émane de sa voix, mais aussi de quelque chose de plus impalpable, un fluide né de sa présence. Une porte s'ouvre : nous sommes à la fois dans l'intériorité et sur une onde qui unit les participants. Créer des liens entre les énergies pour acquérir une conscience de soi. On se situe dans la nature, les saisons, entre le ciel et de la terre. C'est aussi la saison de l'âme qui prend sa source dans le corps en mouvement, en mutation.

    Une perception intime et profonde nous fait évoquer la poésie qui est essence de la vie. Des mots de Guillevic nous viennent aux lèvres :  

    "Laisse faire le silence.

    Laisse-le agir à sa guise"

    "Voilà que cette nuit

    Tu désirerais tenir dans ta main

    Une boule de lumière,

    Et soudain tu comprends

    cette lumière est en toi,

    tapie dans ton corps"

    "La voie du calme", ainsi que l'indique le titre d'un livre du maître chinois, nous invite à poser sur la page des mots surgis d'un silence fécond,  invite à une autre trace sur le sable.

    Geneviève et André

    * Stage de 4 jours organisé au château de Beauregard à St Péray (Ardèche) en août par le Taiji et Qi gong Grangeois

     - © photo d'André dans le Vercors

  • Silence !

    Voici ce que j'avais projet de lire en préambule lors de la table ronde "dire avec la voix, dire avec la plume" des "27 heures chrono" Baz'Art des Mots (2014). Faute de temps, le débat n'eut pas lieu. Ce n'est que partie remise, j'espère. On me demandait un avis tranché. Le voici :

     Je pense que dans ce monde où l'actualité nous parvient comme un tourbillon, nous manquons cruellement de silence.

    Le silence appartient au processus de la parole comme il appartient à la musique. Indispensable.

    On peut comparer le silence au vide de l'univers, la voix aux étoiles et aux planètes. Le silence est un immense champ de découverte. Il est un renouvellement de la parole pour qu'elle devienne audible. 

    Parole et silence semblent des contraires, alors que l'un possède l'autre comme le Yang et le Yin sont réunis en chaque partie du corps, en chaque chose. Le lien est constant. Un peu comme au théâtre où les "contraires" provoquent le mouvement. Rien n'est statique, rien n'est acquis. Un peu aussi comme la décroissance, dont on parle aujourd'hui, qui n'est pas la négation de la croissance mais son renouvellement. Le silence est source de renouveau pour la parole parlée et écrite. Donner un sens à l'un donne un sens à l'autre.

     Le silence comme viatique à la fête, à la pleine possession du corps. C'est aussi un temps où l'on apprend à parler avec la voix de la terre.

    Le silence comme époux de la parole. "La poésie, ce sont les noces de la paroles et du silence", nous dit Guillevic.

     Transversalité de la parole et du silence, comme oralité et écriture, corps, espaces, matières. Des lieux sans frontières.

     Je propose de fomenter des silences, jusqu'à l'insurrection ! Créons des brigades de silence !

     Le silence comme un rêve de l'autre. Aucune rencontre n’est anodine. C’est “l’autre” qui te métamorphose. Aller à sa rencontre, c’est aussi aller à la rencontre de soi, trouver la source d’une renaissance, inventer le temps qui reste.

    Offrons-nous ces moments. Partageons-les comme on partage un repas. D'autres paroles viendront ensuite, naturellement.

    Jusqu'à la débandade. 

    Aux mots du poète Alain Borne "Je pense que tout est fini qui retenait la toile / Je pense qu'il reste dorénavant surtout à mourir". Ce qui, ici, retient la toile est pour moi le silence. Je préfère ceux pleins de vie et de fougue de Blaise Cendrars "Quand je pense, je suis un animal en rut qui se vautre la verge haute stupide vers le futur. Quand je pense, je suis la débandade effrayée des sons d'une symphonie, la débandade de l'harmonie et du silence".

    Je termine ce préambule avec Philippe Jaccottet : "Le travail du poète est de veiller comme un berger et d'appeler tout ce qui risque de se perdre s'il s'endort".

    André Cohen Aknin, juin 2014

  • Paroles de lumière

    "Décidément

    La lumière

    La voici qui vient

    Inaugurer encore une fois

    Le sentier"     Guillevic 

    Avec Anne Juge, nous lirons le dimanche 2 juin à l'église St Étienne de Bathernay à 17h, en résonance avec l'installation picturale de Danielle Issanjou .

    Nos voix alterneront dans des textes scientifiques et poétiques, d'hier et de maintenant, d'ici et d'ailleurs, pour approcher la lumière, cette chose vitale qui nous environne et qui demeure insaisissable.

    "La lumière est aux peintres ce que le chant des mots est au poète, la mélodie du silence aux musiciens : la source et l'horizon de leur désir, le foyer de l'amour qui les lancine et les met perpétuellement en chemin, en tension, en appel." Sylvie Germain

    Cette lecture se donne lors du Festival "L'art et la matière" qui a lieu dans des églises et chapelles de la Drôme des Collines  du 1er au 16 juin 2013. 

    *

    André présentera sa lecture-récital de "le sourire de l'absente" le vendredi 7 juin dans la chapelle St Roch à Crépol à 19h30

    Geneviève et André

  • A vivre le chant

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    Juin

    Pluie et soleil

    nature en liesse

    écouter ce chant

     

    Guillevic écrivait : 

    Le chant

    Ouvre ses espaces

    En dehors de l'espace

    …… 

    Chacun va

    Chantant sa différence

    Et voulant la garder,

    Chacun ayant besoin

    D'entendre d'autres chants

    Pour être sûr du sien

    ……

    Bien sûr,

    Des choses chantent

    Plus et mieux que d'autres

    Parfois ce sont

    Les plus timides

    ……

    La lumière

    Nous transpose

    Le chant

    Des étoiles filantes

    ……

    Il semble parfois

    Que le chant

    ne vient pas d'une source,

    Qu'il existe par lui-même,

    Permanent,

    Qu'il dit l'éternité.

     

    extraits de Le Chant Poésie/Gallimard

  • Chant

    Pour finir l'année 2007 en beauté, nous vous proposons ces quelques vers du poète Guillevic :

    "Le chant
    C'est comme l'eau d'un ruisseau
    Qui coule sur des galets,

    Vers la source.

    C'est la promesse
    De la source au soleil."