Poésie pour 2016
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Dans la tourmente que nous vivons, nous pensons à ce poème de Guillevic que nous avons envie de partager.
Douceur
Je dis : douceur.
Je dis : douceur des mots
Quand tu rentres le soir du travail harassant
Et que des mots t'accueillent
Qui te donnent du temps.
Car on tue dans le monde
Et tout massacre nous vieillit.
Je dis : douceur
Pensant aussi
A des feuilles en voie de sortir du bourgeon,
A des cieux, à de l'eau dans les journées d'été,
A des poignées de main.
Je dis : douceur, pensant aux heures d'amitié,
A des moments qui disent
le temps de la douceur venant pour tout de bon,
Cet air tout neuf
Qui pour durer s'installera.
Nous avons eu le plaisir de présenter une lecture musicale le 30 octobre 2015 à la Médiathèque de Montélimar en soirée de clôture du Centenaire de la naissance d'Alain Borne. Avec beaucoup de talent, Lise Péchenart, violoncelliste qui nous accompagnait, a glissé ses mélodies, souvent improvisées, entre les textes ou à l'intérieur des poèmes.
Nous avons connu Paul Vincensini. Celui-ci, ami d'Alain Borne disait qu'Alain avait été son initiateur en poésie. Quant à nous, nous avons marché sur les traces de Paul dont l'ambition était de faire vivre la poésie.
Pierre Seghers disait qu'Alain Borne était avec Paul Eluard l'une des grandes voix amoureuses du XXe siècle. Ses poèmes de passion et de sensualité jaillissent peut-être d'autant plus intensément qu'il est hanté par la mort. Pour cette soirée souhaitée légère, nous n'avons donné que la face amoureuse. Paul Vincensini, poète funambule, pouvait apporter son humour qui cache une forme de gravité.
Les deux poètes savaient la fêlure qui était en eux et que nous avons tous, mais ils en avaient la lucidité et seule la poésie leur permettait d'avoir les yeux ouverts. L'un se perd dans la femme aimée sans jamais pouvoir assouvir son désir d'absolu. L'autre ne cesse de revenir à l'enfance, de célébrer avec désinvolture les pierres, les oiseaux, le cheval, la rivière… dans la dualité des personnages "Toujours et Jamais."
Deux poèmes dits en cette soirée :
Tu étais belle ce soir dans le soleil
plus que de lui vêtue
on aurait dit que tout entier
il se donnait pour te faire.
Tu me brûlais de loin
tantôt tu étais d'or
tantôt de miel tantôt de lait
tu étais la rosée
doublant de transparence l'aubépine.
Je te savais brûlante
je te savais la fraîcheur même
tu étais l'aube mystérieusement couchée
sur un million de lis.
Alain Borne "La nuit me parle de toi"
Moi j'ai toujours peur du vent
Me voici
Mes poches
Bourrées de cailloux
Pour rester avec vous
Ne pas m'envoler dans les arbres.
Paul Vincensini "Toujours et jamais"
Après la lecture, il y a eu un échange chaleureux avec le public, Chantal Brunel et Thierry Trial de la médiathèque. Merci à tous.
Geneviève et André - Ass. BLEU 31
Les œuvres complètes d'Alain Borne aux éditions Curandera sont épuisées. Des recueils ont été publiés chez des éditeurs dont : Voix d'encre, L'atelier du Hanneton, Jacques Brémond…
L'œuvre poétique de Paul Vincensini est publié aux éditions L'arbre à paroles. Une sélection pour les enfants : "Je dors parfois dans les arbres" aux éditions Motus
Au cours d'un stage de Qi Gong avec le Dr Liu Dong*, nous avons ressenti plus que du bien-être. Il y a chez Liu Dong une vibration que l'on rencontre chez certains poètes. Une vibration qui émane de sa voix, mais aussi de quelque chose de plus impalpable, un fluide né de sa présence. Une porte s'ouvre : nous sommes à la fois dans l'intériorité et sur une onde qui unit les participants. Créer des liens entre les énergies pour acquérir une conscience de soi. On se situe dans la nature, les saisons, entre le ciel et de la terre. C'est aussi la saison de l'âme qui prend sa source dans le corps en mouvement, en mutation.
Une perception intime et profonde nous fait évoquer la poésie qui est essence de la vie. Des mots de Guillevic nous viennent aux lèvres :
"Laisse faire le silence.
Laisse-le agir à sa guise"
…
"Voilà que cette nuit
Tu désirerais tenir dans ta main
Une boule de lumière,
Et soudain tu comprends
cette lumière est en toi,
tapie dans ton corps"
"La voie du calme", ainsi que l'indique le titre d'un livre du maître chinois, nous invite à poser sur la page des mots surgis d'un silence fécond, invite à une autre trace sur le sable.
Geneviève et André
* Stage de 4 jours organisé au château de Beauregard à St Péray (Ardèche) en août par le Taiji et Qi gong Grangeois
- © photo d'André dans le Vercors
La poète Hélène Cadou nous a quittés à 92 ans en juin 2014.
Je l'avais rencontrée en Ardèche à Privas en 1982. Elle était venue de sa Loire-Atlantique, invitée par Paul Vincensini. Une femme discrète et attachante. Elle a lu sa poésie qui puise sa source dans celle de René-Guy Cadou disparu trente ans plus tôt. Elle est dans l'espace de l'amour indéfectible et dans l'attention au monde.
"dans les étages
quelqu'un m'appelle
mais je n'ai pas encore de nom
…
je marche vers toi
sur les feuilles mortes
de la nuit"
"la vie
aura goût de pomme
et la parole
ton visage
j'ai mis ma fenêtre
au-dessus
du fleuve
pour le voyage"
Nous avons continué la soirée dans une ferme auberge ardéchoise. Nous étions une vingtaine assis à une grande table. Une autre table était occupée par des architectes. A la fin du repas, Monique Domergue, poète, pour rendre hommage à notre invitée, s'est levée et de sa voix bien timbrée a lu un poème. D'autres lecteurs tour à tour ont fait vibrer les mots d'Hélène. Les conversations à la table voisine se sont tues et les architectes se sont mis à l'écoute de la poésie. Soirée d'échanges entre deux univers.
Ensuite, j'ai eu quelques échanges épistolaires avec Hélène Cadou, en particulier en 2002. J'avais proposé la présence de ses poèmes à l'exposition organisée par Michel Rouquette à Privas : "Fenêtre sur mots". Je revois son écriture élancée où elle disait me faire confiance pour le choix des textes à présenter.
"Il faut revenir pas à pas
Vers la seule fenêtre ouverte
L'avenir est là
Comme un enfant qui rit.
Il reste assez de jour
Pour guérir une forêt
Assez d'arbres
Pour croire à l'aurore
Un grand coup de ciel sur ta vie
A fait le monde pur
Comme un drap gonflé par le vent."
C'est toujours avec plaisir et émotion que nous disons les poèmes d'Hélène Cadou au cours de nos lectures. Simplicité apparente des mots, alliances surprenantes. Une clarté traverse le temps, laisse entrevoir la fragilité de la vie et la grâce de l'instant.
Geneviève
Les poèmes cités sont extraits de "L'innominée" et de "En ce visage l'avenir" et sont publiés aux éditions Jacques Brémond
Les balades poétiques "Il pleut des oiseaux bleus" ont fait vibrer les mots dans le château de Rochefort-en-Valdaine où errent encore les âmes d'un passé rude et enchanté.
Nous avons été accueillis dans l'église d' Ancône où les oiseaux bleus sur les vitraux étaient lumière. Nos voix étaient portées par la sérénité fraternelle des moines de Tibhirine. L'église restaurée leur est dédiée.
A St Marcel-les-Sauzet, nous étions enveloppés des pierres du passé et des bruits du jour, du lavoir à l'église romane, la poésie traçait son chemin.
Dans tous ces lieux, le violoncelle de Lise Péchenart lançait ses notes de terre et de ciel, éclairait les mots d'amour, de liberté, de voyage, vibrait dans un temps hors du temps, celui de la poésie.
"l'oiseau seul a tout le ciel pour s'étirer dans tous les sens" Paul Vincensini
Les visages des "écoutants" devenaient des livres.
Atterrés par les actes barbares de ce début janvier 2015, nous sommes unis à ceux qui pleurent leurs proches.
Dans ces moments de douleur où l'hydre de la haine nous atteint en plein cœur, les hommes et les femmes, fidèles au Siècle des Lumières, font face. Ensemble, ils ont la force de lutter, de rire et de chanter la liberté que Charlie a toujours au bout du crayon.
Nos mots se dérobent. Ce sont ceux du poète Paul Eluard qui surgissent :
Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier et cendre
J'écris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom
Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom
Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté
Geneviève et André
Cette année, nous fêterons le centenaire de la naissance d'Alain Borne. Il est né le 12 janvier 1915 dans l'Allier, il a passé son enfance en Ardèche à Privas et a vécu ensuite à Montélimar où il fut avocat. Il disait : "Pour moi, seule la poésie est vie, tout le reste est subsistance."
"Je songe à vous dans le soir dont la pluie contre moi resserre la présence.
Le monde est nu, je voudrais le vêtir d'un poème d'amour comme la page blanche.
Ma main répand de petits rêves froids, je construis de maigres vies grelottantes, j'aide à voir quelques yeux qui n'ont plus de refuge qu'en l'automne des livres.
Le monde est nu, je n'ai qu'un cœur de glace à l'équateur de mon amour. Et pourtant le soleil m'avait paru si pauvre que je lui préférai mon gel de naissance.
Faudra-t-il que je parte sans réussir ce feu dont j'assemblais les branches ?"
Saurons-nous faire chanter les poèmes d'Alain Borne et faire vibrer ses mots en brasiers ?
Geneviève & André
Voix posée, claire, douce, éclatante, harmonieuse, rauque… Chacun de nous a un timbre différent qui nous identifie aussi bien qu'un visage. Cette voix qui porte le langage, qui voyage sur les ondes, qui fascine ou inquiète est impalpable et tellement vivante. Porteuse d'informations, d'émotions. Lien entre les êtres.
En novembre, nous étions au lycée Alain Borne à Montélimar pour animer un atelier "voix et poésie" avec des élèves de seconde, à la demande de Martine Français documentaliste et de professeurs de lettres. Notre but était de faire prendre conscience aux jeunes de ce qui entre en action dans le fait de parler. Faire vibrer l'instrument de la parole par une bonne position du corps, par la respiration, par l'articulation. Maîtriser le souffle pour lire, pour s'exprimer à voix haute, pour dire la poésie.
Les élèves de ces deux classes de seconde ont manifesté un intérêt réel pour cet entraînement. "La parole est à moitié à celui qui la donne, la moitié à celui qui la reçoit", disait Montaigne. Autrement dit, ce n'est pas ce que l'on dit qui est important, mais ce qui est entendu.
Après des exercices d'échauffement, on en vient à lire un poème ensemble et chaque voix côtoie celle des autres en résonnance, les timbres se répondent, se fondent. Harmonie. Cette diction introduit d'une manière sensorielle la compréhension du poème, par sa mélodie, son rythme.
J.M.G Le Clézio parle du "langage beauté où nous n'agissons plus, mais c'est nous qui sommes devenus les verbes et les noms. Celui qui a commencé à parler maintenant dans le poème, ouvre l'étendue de l'océan, sous le ciel, trace le cercle de l'horizon…"
Dans un deuxième temps, les élèves ont pu individuellement donner un texte de leur choix.
"Il est temps de lever sa voix comme une mèche sur une lampe", écrivait le poète Alain Borne.
Ce travail ouvre la voie aux festivités 2015 qui célébrera le centenaire de la naissance du poète montilien initiée par la médiathèque de Montélimar. Certains élèves présenteront à cette occasion un choix de poésies d'Alain Borne.
André et Geneviève