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Citations - Page 5

  • Lire Philippe Jaccottet

    philippe jaccottet,beauregard,andré du bouchet,montale,grignan,drôme,suisse,florence,geneviève briot,bleu 31Lire Philippe Jaccottet, c'est faire une promenade dans la nature et se laisser surprendre par une fleur, un nuage, une lueur, mais c'est bien plus qu'être intensément là dans le moment présent ; c'est faire une plongée dans le passé, c'est rencontrer au même instant la vie et la mort ; c'est saisir des éclats d'une vie intérieure, des correspondances avec des souvenirs, des lectures, des musiques, des peintures, des mots magnifiés. Sous une apparente simplicité, le poète donne une vision picturale qui unit émotions et couleurs. Et toujours, ce tremblement de l'écriture produit par les hésitations, l'approche toujours insatisfaite entre ce qui est dit et ce qui se dérobe.

    Je pourrais évoquer des mots que nous avons aimé lire en public : l'heureux brouillard des amandiers de "À travers un verger", le travail du poète qui est de veiller comme un berger et d'appeler tout ce qui risque de se perdre s'il s'endort. J'aimerais dire mon émotion à la lecture de "Truinas" écrit à propos des obsèques de André du Bouchet où Philippe Jaccottet exprime la merveille extrême, celle capable de susciter, paradoxalement sinon scandaleusement une espèce de joie sourde, timide et pourtant puissante…

    Mais j'ai choisi d'évoquer "Beauregard" que je viens de relire :

    C'est toute la fascination du mot qui nous est donnée à voir. Beauregard, village perdu, presque un hameau : "… on allume les lampes et cela aide, tandis que le vert des prairies et des forêts devient comme de l'encre ou presque, s'imprègne de nuit ; et qu'à l'inverse, une dernière fois avant la nuit, flamboie l'entaille de la carrière, à croire qu'on avait allumé là-bas un grand brasier rose qui semble sourdre de la terre elle-même - et c'est aussi un verre de lumière à boire, un verre de soleil couchant."

    Ce Beauregard, tout à fait drômois, le mène à un lieu-dit près de sa ville natale : "… quand on disait ce mot on faisait tinter une cloche justement pour accéder à quelque lieu inconnu… Oui ce mot tintait comme un instrument de métal frappé par un marteau - et dont le retentissement, maintenant que j'y songe après tant d'années, n'était pas sans analogie avec celui (qu'on imagine) d'un gong dans la cour d'un temple d'Asie ou celui des sonnailles d'un troupeau qu'on entend avant de le voir … et le son clair se répand, vient à vous à travers la distance elle-même absolument claire, c'est l'air lui-même qui tinte et vibre, l'air tout à fait invisible des hauteurs qui semble s'ouvrir à son passage - tandis que les montagnes s'élèvent immobiles, à distance les unes des autres, comme des beffrois."

    Beauregard entraîne ensuite Philippe Jaccottet vers "Tempi di Bellosguardo", un poème de Montale, l'évocation d'un quartier de Florence puis d'une personne assise en retrait dans l'ombre : "on voit alors ses yeux saturés de la lumière du monde sur lesquels rapidement les paupières se baissent pour ne laisser filtrer qu'un désir de tendresse ou de long sommeil."

    Philippe Jaccottet est né en Suisse et vit à Grignan dans la Drôme.

    Geneviève

     

  • Sourire "petite pomme"


    P1190275.JPGL'été est parfois le temps des relectures. Ce fut en juillet, pour moi la relecture du "Testament français" d'Andreï Makine.

    La langue française de la grand-mère maternelle de l'auteur est au cœur du roman. Les récits de l'aïeule ont éveillé chez l'enfant russe tout un imaginaire. La France était pour lui une Atlantide. À travers des photos anciennes, il construit un monde. Le livre démarre sur l'évocation d'une expression insolite : "petite pomme". 

    "Encore enfant, je devinais que ce sourire très singulier représentait pour chaque femme une étrange petite victoire. Oui une éphémère victoire sur les espoirs déçus, sur la grossièreté des hommes, sur la rareté des choses, belles et vraies de ce monde…

    Ces femmes savaient que pour être belles, il fallait quelques secondes avant que le flash ne les aveugle prononcer ces mystérieuses syllabes françaises dont peu connaissaient le sens : "pe-ti-te-pomme". Comme par enchantement, la bouche au lieu de s'étirer dans une béatitude enjouée ou de se crisper dans un rictus anxieux, formait ce gracieux arrondi. Le visage tout entier en demeurait transfiguré. Les sourcils s'arquaient légèrement, l'ovale des joues s'allongeait. On disait "petite pomme" et l'ombre d'une douceur lointaine et rêveuse voilait le regard, affinait les traits, laissait planer sur le cliché la lumière tamisée des jours anciens.

    Une telle magie photographique avait conquis la confiance des femmes les plus diverses."

    Bien entendu, au cours de l'été dans nos retrouvailles familiales et amicales, nous avons adopté le sourire "petite pomme".

    Essayez-le !

    Geneviève 

     

  • Silence !

    Voici ce que j'avais projet de lire en préambule lors de la table ronde "dire avec la voix, dire avec la plume" des "27 heures chrono" Baz'Art des Mots (2014). Faute de temps, le débat n'eut pas lieu. Ce n'est que partie remise, j'espère. On me demandait un avis tranché. Le voici :

     Je pense que dans ce monde où l'actualité nous parvient comme un tourbillon, nous manquons cruellement de silence.

    Le silence appartient au processus de la parole comme il appartient à la musique. Indispensable.

    On peut comparer le silence au vide de l'univers, la voix aux étoiles et aux planètes. Le silence est un immense champ de découverte. Il est un renouvellement de la parole pour qu'elle devienne audible. 

    Parole et silence semblent des contraires, alors que l'un possède l'autre comme le Yang et le Yin sont réunis en chaque partie du corps, en chaque chose. Le lien est constant. Un peu comme au théâtre où les "contraires" provoquent le mouvement. Rien n'est statique, rien n'est acquis. Un peu aussi comme la décroissance, dont on parle aujourd'hui, qui n'est pas la négation de la croissance mais son renouvellement. Le silence est source de renouveau pour la parole parlée et écrite. Donner un sens à l'un donne un sens à l'autre.

     Le silence comme viatique à la fête, à la pleine possession du corps. C'est aussi un temps où l'on apprend à parler avec la voix de la terre.

    Le silence comme époux de la parole. "La poésie, ce sont les noces de la paroles et du silence", nous dit Guillevic.

     Transversalité de la parole et du silence, comme oralité et écriture, corps, espaces, matières. Des lieux sans frontières.

     Je propose de fomenter des silences, jusqu'à l'insurrection ! Créons des brigades de silence !

     Le silence comme un rêve de l'autre. Aucune rencontre n’est anodine. C’est “l’autre” qui te métamorphose. Aller à sa rencontre, c’est aussi aller à la rencontre de soi, trouver la source d’une renaissance, inventer le temps qui reste.

    Offrons-nous ces moments. Partageons-les comme on partage un repas. D'autres paroles viendront ensuite, naturellement.

    Jusqu'à la débandade. 

    Aux mots du poète Alain Borne "Je pense que tout est fini qui retenait la toile / Je pense qu'il reste dorénavant surtout à mourir". Ce qui, ici, retient la toile est pour moi le silence. Je préfère ceux pleins de vie et de fougue de Blaise Cendrars "Quand je pense, je suis un animal en rut qui se vautre la verge haute stupide vers le futur. Quand je pense, je suis la débandade effrayée des sons d'une symphonie, la débandade de l'harmonie et du silence".

    Je termine ce préambule avec Philippe Jaccottet : "Le travail du poète est de veiller comme un berger et d'appeler tout ce qui risque de se perdre s'il s'endort".

    André Cohen Aknin, juin 2014

  • 27h chrono

    Nous serons de la fête du Baz'art des mots samedi et dimanche prochain. 

    Nous y ferons des lectures et participerons aux débats.

    Venez vous joindre à nous pour le soutien à la librairie, pour le plaisir des rencontres et le partage.

    Affiche 27h Chrono_A4.JPG

    c'est ce poème de Jean-Louis Novert qui vient sous nos doigts pour cette invitation

    "Nous sommes 

    les passeurs du temps

    et nous sommes chargés

    de livrer l'eau et l'air

    le feu et le vent"

     La terre des mots - Rougerie

    André et Geneviève

     

  • La poésie et maintenant

    Une journée de rencontre et d'échange était organisée par l'ARALD (Agence Rhône-Alpes pour le livre et la Documentation) le 19 mars 2014 à la Bibliothèque de Lyon Part-Dieu sur le thème de la poésie. Des intervenants du monde de l'édition, de la librairie, des bibliothèques et des poètes se sont succédé.

    Nous ne souhaitons pas faire un compte-rendu de cette journée, mais mettre en lumière des propos qui font écho en nous et d'y mêler nos propres réactions. Jean-Pierre Bobillot fit un portrait de cette chose multiforme : le livre, l'oralité, la scène, la performance… Il ne s'agit pas de mettre le mot poésie à la sauce du paysage, du printemps, de l'art, ni même de faire un bilan de ce qu'elle fut, mystique, épique ou lyrique mais bien plutôt de regarder la poésie maintenant et elle est plurielle. Faire de la poésie, dit-il, c'est entrer dans le langage, objet du désir.

    Il y a le "faire" du poète et le "dire" du lecteur.

    Sur le "faire", Francis Ponge disait : "Je crois ma vision fort commune", et c'est bien cela que la poésie tient dans ses mots, la vie au quotidien. Est-ce la poésie sonore de Bernard Heidsick dans "Carrefour de la Chaussée d'Antin" qui cueille mots et sons de l'instant ou est-ce une poésie méditative… ou…?

    Paul Vincensini l'appelait "cet enfant impossible" qui donne idée de l'éventail des couleurs, qui donne aussi l'idée de la source, de la fragilité et de l'authenticité.

    Dans la réflexion sur "La poésie au cœur de la cité", quelqu'un a dit : la poésie, c'est sortir de soi pour faire entrer les autres.

    Pas une, mais des poésies. On les trouve dans les livres, les revues, les lectures, les récitals, les performances, là où elle prend résonance. Le martèlement dans la lecture de Claire Rengade nous ramenait au poème de Blaise Cendrars "50 mesures de do-ré"… dédié à Eric Satie (Du monde entier - Poésie / Gallimard). La quête reste donc la même. Aller au plus loin, découvrir d'autres mondes, d'autres parties de soi. Mouvement perpétuel. Le poème est un corps en mouvement.

    Un temps fort. Le poète Patrick Laupin nous a fait vivre l'authenticité de son action au cours d'ateliers d'écriture dans les écoles. Parce qu'il est au cœur de la poésie et en empathie avec les enfants, il crée le lien qui donne aux écoliers qui ne savent pas quoi écrire, la possibilité de passer le mur du langage, de faire émerger les mots qui sont tapis au fond d'eux-mêmes. Il dit aux enfants : "on fait des écritures". Chacun a une écriture, chacun a un livre en soi. Il rappelle le mot de William Blake : Tout le monde a une conscience poétique. Il nous livre quelques paroles et écrits de ces enfants. Il raconte : une petite-fille ne peut pas écrire. Elle dit : j'ai plein d'oublis. Elle revient un peu plus tard et dit : l'oubli a des trous dans ses poches. Il a rendu compte de ces rencontres avec les enfants dans "Le courage des oiseaux" Ed. La rumeur libre et à paraître prochainement, "L'alphabet des oubliés".

    Ce qu'il nous apporte en ce début d'après-midi, c'est son enthousiasme : nous buvons ses mots, ses commentaires qui font courir un frémissement, une joie de vivre en poésie.

    Alors si la poésie est en chacun de nous, pourquoi est-elle la parente pauvre dans nombre de librairies, de bibliothèques, internet…? Pourquoi les poètes sont-ils absents de notre environnement ? Pourquoi est-elle encore si souvent seulement récitation à l'école et explication de textes au lycée, pourquoi n'est-elle pas parole vivante ? La poésie ne peut être objet d'analyse. Elle est source et expression de vie.

    A la suite de cette journée, nous nous sommes interrogés sur l'absence de la poésie dans notre société. Faut-il la vouloir présente à tout prix ? Jean-Pierre Bobillot faisait remarquer qu'elle était "hors-la-loi". N'est-ce pas sa "rareté" qui lui permettra de survivre dans cette période de consommation à outrance. Elle demeure un refuge, un moment à soi. André du Bouchet n'écrit-il pas dans l'ajour - Poésie / Gallimard : "Je n'ai rien su avant de m'immobiliser". La poésie est une immobilité terriblement mobile.

    Reconnaissons qu'elle n'est pas toujours évidente.

    "L'obscurité qu'on lui reproche ne tient pas à sa nature propre, qui est d'éclairer, mais à la nuit même qu'elle explore, et qu'elle se doit d'explorer : celle de l'âme elle-même et du mystère où baigne l'humain." nous dit René Char.

    Pour finir ce propos un poème de Patrick Laupin extrait  de "Le jour l'aurore" paru en 1981

    "le jour l'aurore

    les arbres tremblent

    comme un délire

    le langage le monde

    ne nous appartiennent pas"

     

    Geneviève et André

  • Liberté des femmes

    41vfJlntHlL._AA160_.jpgLe roman "Des cerises en hiver" retrace l'histoire d'une famille modeste et s'attache particulièrement à ces "Femmes d’hier dont les rêves contrariés sont aussi le terreau dans lequel poussent les fleurs de la liberté des femmes d’aujourd’hui", commente Marie-France Moyns de Maif Magazine. D'autre part, la lettre des médiathèques du Pays de Romans parle d'une "ronde des femmes". Dans sa ronde, Roberte, l'héroïne soumise, tient la main de ses filles et petites-filles qui, elles, ont choisi de vivre leur vie. "

    Au cœur de "Des cerises en hiver", il y a aussi celle qui n'est pas née. Une voix étrange surgit par instants dans le roman. C'est un espace d'imaginaire, une voix à la fois ancestrale et future qui accompagne les personnages, à la fois voix intérieure et voix d'ailleurs.

    "Je suis celle qui n'est pas née. Quand je dis "je" c'est bien sûr un abus de langage, c'est jouer à l'esprit incarné dans une chair bien particulière, celle des mots. J'appartiens à la transparence. Je m'accroche aux vocables, aux phrases …

    Je n'avais pas droit de vie. Pour Jeanne, je n'étais pas une graine, mais un grain de sable. Je suis non-né. Il y a bien des René, re-né, pourquoi pas des "nonné". Je m'invente au féminin avec un zeste de masculin.

    Quand on n'a pas de corps, on échappe au temps, aux traces de l'hérédité. Vivre non, ivre oui. Par mes rêveries chorégraphiques, je tourne sur la rose des vents de l'écriture avec le ciel comme étoile polaire, la terre comme sud, l'ouest en guise de passé, l'est est mon avenir. Un avenir lié à la source

    Encre sur la page, sillon tiré sur la ligne, lettres semées l'une devant l'autre pour devenir mots et phrases, pour avancer dans le chant. Sirène appelée par une petite pensée de rien du tout. Lettres liées comme le sont les hommes et les arbres, les vivants et les morts. Iles désertes et solitudes aux ailes déployées vers le désir dans l'air que l'on respire. Sons de terre et de sang, silences.

    Mon silence est vibration. Debout dans l'esprit du vent, oiseau, empereur, serviteur du passant, je danse avec l'océan.

    Vivre le temps d'un roman. L'esprit du vent tourne les pages le temps d'une vie. Les phrases s'envolent avec les feuilles, parlent à l'avenir. Jeanne, je ne suis pas enfant de ton corps… je suis ton ombre et ta liberté. A toi de ne pas me perdre."

    "Des cerises en hiver" de Geneviève Briot - Editions L'harmattan

  • Invitation à la poésie

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     Et si l'on ouvrait l'année 2014 avec le recueil de Max Alhau et les encres de Hélène Baumel.  "A la nuit montante" est édité par Voix d'encre à Montélimar.

    Découvrons la poésie d'un "marcheur à l'affût de ses rêves" : errance dans le passé et l'inconnu à la recherche d'une "source cachée", "à la rencontre d'une voix ou de son écho. Serait-ce l'aube d'une autre naissance ?"… s'interroge Max Alhau

    Les encres bleues de Hélène Baumel nous emmènent dans des paysages d'eaux, de montagnes et de ciels, de brumes et de trouées de lumière.

    Le poète se demande, nous demande :

    "Quel monde bruit désormais en toi dont tu es l'incendiaire ?


  • Mirabelles et arbre sacré

    Lors de notre semaine en Lorraine en septembre, marqué par des alternances de pluies et soleil, nous avons trouvé des paysages d'un vert intense. Les collines du Saintois.

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    La cueillette des mirabelles venait de prendre fin. Nous avons pu apprécier les dernières, juteuses à souhait. Le parfum de la Lorraine est là, dans ses mirabelles. Il faut les manger sur place, celles qui nous parviennent sur les marchés du sud sont des plus décevantes. Chez les amis qui nous ont accueilli, il y eut l'immanquable tarte aux mirabelles. Et nous sommes revenus avec les confitures !

    Ce qui a retenu notre attention, c'est aussi un arbre sacré. Il se situe à Choloy-Menillot, près de Toul en Meurthe et Moselle. On l'appelle le St Claude. C'est un tilleul. Pourquoi le St Claude ?

    (Un arbre sacré de St Claude célèbre en Picardie est réputé guérir des maladies. Les gens viennent y accrocher des tissus. On l'appelle l'arbre à loques, en picard : "l'frip'rie de Saint Gleude")

    Et celui-là ?

    Entrons dans le bois

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    Au creux de l'arbre

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    la peau de l'arbre


     

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    il étend ses bras



     

     

    Chacun lui rend visite à sa manière, avec les mains, les yeux, on peut l'enlacer.

    S'il a bien apprécié votre visite et que vous êtes fatigué, il met sur votre route un tracteur chargé de bois qui vous prend en stop.

    On raconte qu'un jour, trois chasseurs éméchés se sont amusés à tirer sur la statue qui est encastrée dans son tronc. Les trois larrons, eux, sont tous morts de mort violente dans l'année du forfait. La statue de métal a été remplacée, fondue, c'était l'époque où le fonderies de Foug existaient encore.

    On peut ne pas aimer les arbres, mais il faut être poli avec les arbres, comme le disait Jacques Prévert. Même avec ceux qui ne sont pas sacrés.

    Christiane qui habite le village me communique aujourd'hui : "Ces jours derniers le st Claude a fait son office : les orages tournaient  menaçant le village et tout s'est dispersé gentiment ! J'ai discuté avec un habitant, l'arbre se situe en haut de la côte, à l' endroit où le relief fait que les nuages sont disloqués,  St Claude nous protège de la grêle et des orages"

     André et Geneviève

  • Algérie Littérature Action

    171-172.jpgAlgérie littérature Action est une revue animée par Marie Virolle qui se propose depuis 1996 de présenter un dialogue interculturel à travers l'art et la littérature d'une Algérie plurielle  des deux rives.

    Dans le dernier numéro (171-172) j'apprends la mort de Yamina Mechakra. Nos romans "Arris" et "L'appel du sud" se côtoyaient dans "Trois romans algériens au féminin" publié en 2001 par les éditions Marsa. Nous avions échangé quelques mots par courrier et avions envisagé de nous rencontrer, ce qui ne s'est pas fait. Je suis troublée par sa disparition. Son roman retrace le parcours d'Arris enlevé et vendu à une famille en mal d'enfants. Toute sa vie Arris se sent étranger à la vie qu'on lui fait, aspiré par la faille des non-dits et des tromperies. Denise Brahimi qui écrit l'article parle de beauté farouche à propos de son autre ouvrage "La grotte éclatée", qui est un cri lié à la guerre d'Algérie. Au revoir, Yamina, je garde les étoiles de ton écriture pour qu'elles brillent au fond de ma nuit. 

    Un autre article me plonge dans une autre destinée tragique à travers "Une vie partagée avec Messali Hadj, mon père" de Djanina Messali-Benkelfat, Riveneuve éditions, "ce livre que je porte en moi depuis 35 ans, dit-elle… c'est une promesse. Un serment fait à un homme d'honneur qu'on a voulu déshonorer". C'est Rabah Chettabi, militant messaliste, qui me l'a fait mieux connaître. Il m'a fait part de son admiration pour ce héros de l'indépendance de l'Algérie, il me disait : C'est lui, le père du nationalisme. C'est lui qui a dessiné le drapeau algérien à Paris, dans une petite chambre sous les toits. Chaque fois que son parti était dissous, il le faisait renaître sous une autre forme. Ces  mots, je les ai repris dans un des récits de "Un livre à la mer." Marsa 2003.

    Comment l'histoire aurait-elle évolué si Messali Hadj n'avait pas été éliminé par le FLN, lui dont l'ambition n'était pas d'instaurer une dictature et un parti unique ? Sa lutte révolutionnaire s'étendait au domaine politique, éducatif, social et économique. On ne refait pas l'histoire. L'auteure de l'article, Rénia Aoudène, indique que le 16 avril 2011, l'aéroport de Tlemcen a été appelé "Messali Hadj". En septembre 2011, un premier séminaire en hommage à l'œuvre de Messali a été organisé et largement médiatisé en Algérie. Que justice lui soit rendue !

    Ce numéro présente un artiste, Hakim Beddar né en Algérie. Ses dessins écritures sont un langage dont les signes relient matière et émotion. Je découvre qu'il vit près de nous, dans la Drôme des Collines. 

    Un article, sous le titre de "L'arche entre deux mondes" rend hommage à Jean El Mouhoub Amrouche, écrivain de culture kabyle et française, victime d'une époque où deux mondes s'entredéchiraient. (Le numéro précédent était consacré à sa sœur Taos Amrouche, écrivaine, chanteuse qui, en particulier, a sauvé de l'oubli des chants berbères).

    Des livres, un artiste à découvrir. Dans cette revue, d'autres articles, poésies et la présentation des derniers romans de Malika Mokkedem "La désirante" et Maïssa Bey "Puisque mon cœur est mort", deux auteures que j'apprécie particulièrement.

    Geneviève