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  • De la trempe des Hurlants

    Lettre d'un colporteur-liseur N°32
    "De la trempe des Hurlants" de André Cohen Aknin
    Les textes cités sont tirés de "Tragédie d'une trajectoire", un CD de Casey

     

    C'est à Saint-Martin-en-Vercors que j'ai découvert Casey. Le casque sur les oreilles et la main sur l'écorce d'un tilleul de 423 ans, j’écoute Tragédie d'une trajectoire. Sa voix me prend aux tripes, aux bras, aux boyaux - côté foie. Elle m'emmène dans les méandres d'une langue nouvelle pour moi.
     
    CONNAIS-TU LE CHARBON, LA CHABINE
    LE COULIS, LA PEAU CHAPÉ, LA GROSSE BABINE             
    LA TÊTE GRÉNÉ QU'ON ADOUCIT À LA VASELINE
    ET LE CRÉOLE ET SON MÉLANGE DE MÉLANINE
    CONNAIS-TU LE MORNE ET LA RAVINE
    LE BÉKÉ QUI TRÈS SOUVENT TIENT LES USINES
    LA MACRELLE QUI PASSE SON TEMPS CHEZ LA VOISINE
    ET LE CRACK ET SES DÉCHETS DE COCAÏNE
    CONNAIS-TU LE MONT PELÉ ET LA SAVANE
    LES PÊCHEURS DU CARBET, LE POISSON DE TARTANE
    LES TOURISTES AUX SEINS NUS À LA PLAGE DES SALINES
    PENDANT QUE LA CRISE DE LA BANANE S'ENRACINE
    CONNAIS-TU FRANTZ FANON, AIMÉ CÉSAIRE
    EUGÈNE MONA ET TI EMILE
    SAIS TU QUE MES COUSINS SE FOUTENT DES BAINS DE MER
    ET QUE LES COCOTIERS NE CACHENT RIEN DE LA MISÈRE (1)
     
    Du rap français. D'habitude, je suis plutôt attiré par Fauré, Haendel, Mozart, Alla un musicien de Béchar, Reinette l'Oranaise. La scansion est celle d'un tambour d'une île lointaine ou bien celui d'une vallée africaine - en direct. J'entends le noir de la peau, sa lumière et ses rimes en o.
     
    Je parle au tilleul, lui demande si ce genre de musique le dérange. Il me répond qu'il en a vu d'autres, ses racines traversent les océans, plongent dans les caves, les arrière-salles de bistrots, les terrains vagues, les squats, elles sondent la terre et les corps. 
    L'arbre a oublié les mots de ceux qui sont venus lui parler d'amour, mais jamais de ceux qui lui ont parlé de révolte ; il a connu la résistance face aux nazis, les famines, 1789, Napoléon, la création de la République, la révolte de 48. Lui, tilleul, né de la volonté de Sully, à l'époque de Montaigne, m'a aussi parlé des déportés en Nouvelle Calédonie après la Commune de 70, du Vel d'Hiv et d'Alexandre Marius Jacob, l'anarchiste qui volait les riches pour donner aux pauvres.
    Avec lui, je comprends que le rap est une voix du peuple qui monte quand la douleur est grande, une voix d'outremer, d'outrecœur, d'outrepeau, comme existent les Outrenoirs de Pierre Soulages. 
    Le noir possède toutes les couleurs. 
     
    Casey est une femme de la trempe des Hurlants, ces vents qu'on rencontre sous les cinquantièmes. Pas besoin de naviguer sur les mers du Pôle Sud. La tempête est ici dans nos rues.
     
    ILS VEULENT, ILS VEULENT
    ILS PARLENT, ILS PARLENT
    ILS OUVRENT LEURS GUEULES
    QU'ILS ME LAISSENT TRANQUILLE, PUTAIN J'EN AI RAS LE BOL
    DE CES FAUX VANDALES, VANTARDS, FORTS EN PAROLE
    ILS ME GÊNENT, POMPENT MON OXYGENE (2)
     
    Vrai, c'est fou ce que les gens parlent, veulent ! Y a en même qui ont l'idée de remettre la poésie au programme des Jeux Olympiques. 
    Pas besoin de chercher la médaille. 
    D'autres disent que la poésie est une arme ? Contre quoi ? Les plastiques pollueurs, les vitrines aguicheuses, les contrôles aux faciès, les réseaux sociaux, leurs rumeurs, et ce qui fait de nous des chômeurs ? 
    Ce que je sais, c'est qu'elle a parfois un goût de kebab à la sauce blanche qui salit les bouquins et dégouline sur les manches.
     
    Casey trace sa route, recompose les sons, les mots, l'espace sur la page. Sa poésie, n'est pas à vendre. 
     
    C'QUE J'PENSE OU DIS N'EST PAS À VENDRE
    SI TU CROIS QU'ÇA VA CHANGER
    TU PEUX ATTENDRE (3)
     
    Salut à elle et à tous ceux qui respectent la langue tout en la dynamisant. Je pense à Guillaume Apollinaire en 1917 et avant lui, Rimbaud et, plus tard, les surréalistes ; à Cendrars, voyez ses poèmes dénaturés ; plus tard encore, l'underground des années cinquante avec Ginsberg et son poème Howl dont les "sacrés" bousculent notre quotidien.
    Poètes d'avant, d'après.
    Langues éclatées, devenues anciennes à la seconde même où elles apparaissent. 
    Nouveaux poètes, vous serez rejetés à votre tour. Peut-être même par des dandys shootés à la guimauve. L'un d'eux écrira sur du papier toilette estampillé AB. Car telle la loi du genre : je vis, je meurs.
     
    MA PLUME, MON DIPLÔME, UN BLÂME, UN PROBLÈME
    UN SUPRÊME PROGRAMME HAUT DE GAMME QUI ENGRÈNE
    QUI ENTRAÎNE DÉBRIS DE CRÂNES, DE VITRINES
    CRIMES QUI SE TRAMENT, NITROGLYCÉRINE
    PREMIER ALBUM, JE DÉGAINE, SORS DES ABÎMES
    J'AMÈNE ŒDÈMES ET RÉTAME DES RIDDIMS
    J'ÉTONNE, ON M'ACCLAME    
    JE DONNE MON MOT D'ORDRE ET MON MODEM
    QUIDAM DES DOM SUR LE MACADAM
    DES TONNES D'ULTIMATUM DANS MES THÈMES
    HÉMATOMES DANS MES TOMES À L'ANTENNE ET CARTONNE LE SYSTÈME
    FAIS GRAND SCHELEM POUR VICTIMES DES HLM
    VU QU'PANAME EST TELLE GOTAM, TAM TAM ET COCKTAILS (4)
     
    Je ne comprends pas tout. Est-ce dû à mon âge ? Je suis un enfant, je suis un vieil homme. Ce n'est pas qu'avec les mots qu'on saisit. Là, il y a un sens, ça vient de loin. J'entends âme dans quidam, macadam. Une force d'âme, de celles qui traversent les montagnes. Nous en avons tant besoin aujourd'hui. 
     
    Prendre le flow de Casey et se laisser emporter. Le sourire vient aussi de l'ébranlement.
     
    André Cohen Aknin
     
    Les textes de Casey sont tirés de la pochette de son disque "Tragédie d'une trajectoire". 
    (1) "Chez Moi" (Casey-Laloo). 
    (2) "Mourir con" (Casey / Laloo)          
    (3) "Pas à vendre" (Casey - Hery)
    (4) "Suis ma plume". (Casey / Soul G)

  • Avis lecteurs, presse - extraits - "Un lit dans l'océan"

    • Dégusté comme une datte sucrée, un thé à la menthe pas loin en haut du Suquet, ce texte sensible (mais pas mièvre !) cristallise nos 5 sens : les goûts, les couleurs, les odeurs, les musiques, les cultures juives et musulmanes si proches. La délicatesse et la pudeur avec lesquelles l'auteur aborde des thèmes pourtant difficiles (les césures familiales, la maladie, la guerre...) font de cette lecture un incroyable voyage. Nath2dragui (Site Babelio)
     
    • On a l'impression d'avoir les confidences d'un ami ou d'un frère… On se sent très proche du narrateur parce qu'il se livre avec naturel et sincérité, et on est nombreux à avoir mal à nos parents. Yamina, lectrice
     
    • La mémoire individuelle et collective est sans doute le thème central de ce récit écrit avec sensibilité et délicatesse. Il est question de la guerre d’Algérie, d’exode forcé, de nostalgie…
    On retrouve dans ce roman des thèmes chers à André Cohen Aknin, écrivain et poète : l’attachement à l’Algérie, aux racines, aux traditions, la douleur d’avoir perdu sa sœur et le pays de son enfance. C’est le bilan d’une vie passée à comprendre son sens. C’est aussi le regard lumineux d’un poète qui apprécie le mélange des cultures et qui dresse un pont entre celles de l’Orient et de l’Occident…
    Récit à la fois intime, poétique et humaniste qui peut se lire à plusieurs niveaux. 
    Une mention spéciale pour le soin apporté par l’éditeur à la composition de cet ouvrage qui est aussi un bel objet. Guy Masson, pour le blog des critiques par les bibliothécaires 
     
    • Cette introspection tellement honnête a fait bouger en moi des souvenirs merveilleux et intimes. Christiane, lectrice
     
    • Ce livre est un acte d’amour. C’est comment libérer la vie là où elle est emprisonnée. Radio France Alzheimer - Emission "Coup de pouce, coup de cœur".
     
    • J'ai été sensible à la façon très poétique de relier tous les fils et d'en faire un tissu-motif plus grand que chacun d'entre eux. Marie-Hélène, lectrice
     
    • Ah le beau livre ! la douce écriture... qui nous enveloppe chapitre après chapitre dans cette belle image de l'erouv, chapitres tissés les uns après les autres jusqu'à nous faire entrer dans cette demeure-là de l'intime que tu habites avec ta mère. Toi seul, elle seule, parfois vous deux, ainsi la vie, ainsi la mort... qui sait ? En tout cas, tu lui as fait un très très beau lit dans l'océan, un lit au parfum de la loubia. 
    Je suis sûre qu'elle est "ravie" ta mère, de là où elle se trouve, maintenant qu'elle est sûre que toi tu es sûr qu'elle t'aime et réciproquement. Bravo ! Monique Domergue, poète

    • Un très beau roman, tant par ce qu'il dit des relations fils-mère et des liens qui subsistent grâce à la cuisine, à la voix et aux mains, que par la langue dans laquelle c'est dit… Catherine, lectrice
     
    • Le livre d’André Cohen Aknin ouvre des horizons en citant abondamment des chants et des chanteuses aussi dont la plus connue est sans doute Reinette l’Oranaise ;  en sorte que son « récit poétique » est aussi un récit musical, au sens où on parle par exemple de « comédie musicale » mais de façon plus secrète et plus intime. Reinette l’Oranaise était d’origine juive puisque fille d’un rabbin de Tiaret, de même Line Monty, dont l’auteur cite assez longuement les paroles, qui étaient un mélange de français et d’arabe :
    « Et on m’appelle l’Orientale
    La blonde au regard fatal… »
    … La mémoire absente de sa mère est finalement pour lui un moyen de retrouver des  bribes de leur passé, commun ou séparé. Sans évoquer le témoignage trop écrasant de Proust, il apparaît que la mémoire obéit à des procédures qui n’ont rien de rationnel, et que peut-être même elle les fuit. 
    L’histoire de Juliette pourrait être une sorte de métaphore de ce qui s’est passé dans l’histoire de l’Algérie il  y a quelques décennies, un engloutissement dont pourtant, sous une forme presque inaudible, on trouve ici ou là des remontées aussi saisissantes qu’inespérées. Le récit poétique d’André Cohen Aknin ne cherche pas à en faire la théorie, il n’en est que plus convaincant.
    Denise Brahimi, pour le site Coup de Soleil Auvergne-Rhône-Alpes
     
    • Un plaidoyer pour les personnes atteintes de la maladie. Oui, il y a des problèmes, les odeurs d’urine et d’excréments, le temps qu’il faut prendre pour les soigner… Mais elles restent des personnes à part entière, qui conservent la vie ! Tristan Bonhoure, Le Dauphiné libéré
     
    • La mère est la nourriture terrestre qui porte le parfum d'un pays, d'une histoire. En sa présence végétative, il entreprend un voyage au long cours où il lui faut vaincre des obstacles. Les odeurs, les goûts de la loubia et des plats des fêtes juives d'Algérie concrétisent le chemin sur lequel il entraîne le lecteur avec humour et gourmandise. L'apaisement vient avec le triomphe des sensations, des saveurs de l'enfance…
    La phrase est ajustée dans sa musicalité, souvent proche de l'oral, ce qui donne une présence physique au texte, une résonnance vivante…
    On perçoit là tout l'intérêt d'André Cohen Aknin pour le théâtre, pour le métier au sens étymologique du mystère, du travail et de l'artisanat ; il a été menuisier…
    Roman de conciliation, de reconnaissance, d'harmonie. Roman d'amour donc.
    Geneviève Briot (Extrait, pour la revue A. Littérature Action)
     
    • Un roman pour faire sonner les silences.
    Quand il vous lit un passage, vous y êtes là-bas, à Oran. "Il n'est pas utile d'avoir une quantité de mots. Les silences parfois, suffisent" souffle-t-il… En inventant des personnages, il invite "l'autre" à rentrer dans cet univers. Tandis que lui-même donne "sa" réponse au monde. Flora Chaduc - Drôme Hebdo "Peuple libre" 

    • Ça nous envoie loin dans la matrice… au-delà des étoiles, comme une mélopée orientale à te mettre le cœur en âme. Juan Antonio Martinez, lecteur (Facebook)


     • Ça me fait penser à ma mère, c'est exactement ça ! Richard, lecteur

  • Une métaphore de ce qui s'est passé en Algérie

    "Une métaphore de ce qui s'est passé en Algérie", à propos de "Un lit dans l'océan",
    de Denise Brahimi, devrait être publié sur le site de Coup de Soleil en Auvergne / Rhône-Alpes en septembre 2021
     
    Plutôt que d’un roman, mieux vaut parler pour ce livre d’un récit poétique, titre que l’auteur lui-même avait suggéré pour l’un de ses premiers textes, « Le sourire de l’absente » en 2012.

    L’absente ici, c’est la mère du Narrateur, absente à elle-même car elle est toujours de ce monde, mais durement frappée par la maladie d’Alzheimer, dont il est bien évident qu’elle ne sortira pas désormais, malgré les efforts, sans doute un peu dérisoires, que son fils fait en ce sens. Il est venu la voir là où elle vit désormais, à Cannes, sous la garde constante d’une personne payée pour veiller sur elle. A dire vrai, c’est plutôt le frère aîné du narrateur qui s’en occupe et qui assume la charge de cette vieille dame, Juliette, alors que lui-même s’en est peu soucié jusque là. Et cette visite est autant une recherche de lui-même que de sa mère, en tout cas une tentative de retour en un lieu qui leur serait commun.

    Cette tentative n’est pas complétement inaboutie, ni pour l’un ni pour l’autre, même si l’idée de guérison n’a pas plus de sens que celle d’un retour au passé. Le fils s’y prend d’une manière originale, et sans doute la moins inadaptée. Il va essayer de faire resurgir le passé par le biais de quelques sensations dont quelque chose aurait pu survivre au naufrage de la raison.

    Ce ne sera donc pas les sensations les plus élaborées et si l’on peut dire les plus culturelles, mais un mélange de goût et d’odorat, lié à ce qui a été un aspect essentiel dans la vie de Juliette, à savoir la cuisine : une cuisine très particulière, celle des juifs algériens telle qu’elle la pratiquait à Oran avant que le rapatriement en France ne l’amène à quitter l’Algérie dans des circonstances historiques dont l’auteur ne parle pas directement, puisque tel n’est pas le sujet de son livre. C’est une cuisine que les non avertis découvriront et que d’autres reconnaîtront peut-être, à base d’ingrédients tout à fait spécifiques et que le narrateur, par chance, réussit à trouver à Cannes grâce à un épicier d’origine algérienne qui devient un véritable ami, à dire vrai le seul, pendant son séjour.

    Le fils de Juliette a certainement connu dans sa vie bien d’autres aventures, notamment des voyages, et la cuisine n’a pas été son occupation habituelle, ni même occasionnelle, auparavant. Il est très émouvant de voir l’application qu’il met à retrouver les recettes de sa mère, non sans tâtonnements mais avec beaucoup d’application et de modestie ! On comprend, sans qu’il soit besoin de commentaires autres que factuels (tels que l’importance des haricots dans cette cuisine) l’importance de l’expérience qu’il vit à travers cette forme de retrouvailles ; et sans doute ne savait-il pas qu’il allait la vivre en venant à Cannes, pas plus que nous ne savons ce qui lui en restera après son départ, qu’on sait définitif, à la fin de ce petit livre. Mais c’est un moment qu’il aura vécu sans réserve, et c’est en cela qu’il est touchant.

    Pour ce qui est de Juliette elle-même et pour autant qu’il soit possible d’en parler, on ne peut dire que les tentatives et la présence de son fils n’aient sur elle aucun effet, même si elle est bien évidemment incapable de le signifier en langage articulé. En fait elle s’est inventé un langage à elle, que son fils essaie de reproduire pour nous le livrer, un agencement de sons qui semblent correspondre à une sorte de musique intérieure et qui ne sont pas dus au hasard puisqu’ils sont récurrents. 

    Sur le rôle et la place possibles de la musique dans cette redoutable maladie (dont on consent à parler davantage aujourd’hui, malgré le silence dans lequel les malheurs sont traditionnellement enfouis),  le livre d’André Cohen Aknin ouvre des horizons en citant abondamment des chants et des chanteuses aussi dont la plus connue est sans doute Reinette l’Oranaise ;  en sorte que son « récit poétique » est aussi un récit musical, au sens où on parle par exemple de « comédie musicale » mais de façon plus secrète et plus intime. Reinette l’Oranaise était d’origine juive puisque fille d’un rabbin de Tiaret, de même Line Monty, dont l’auteur cite assez longuement les paroles, qui étaient un mélange de français et d’arabe :
    « Et on m’appelle l’Orientale
    La blonde au regard fatal… »
    Le narrateur découvre que sa mère a chanté à la manière  de Reinette l’Oranaise alors que lui-même, adolescent à l’époque, détestait ce genre de chansons, au profit de Richard Antony et des Chaussettes noires. La mémoire absente de sa mère est finalement pour lui un moyen de retrouver des  bribes de leur passé, commun ou séparé. Sans évoquer le témoignage trop écrasant de Proust, il apparaît que la mémoire obéit à des procédures qui n’ont rien de rationnel, et que peut-être même elle les fuit.

    L’histoire de Juliette pourrait être une sorte de métaphore de ce qui s’est passé dans l’histoire de l’Algérie il  y a quelques décennies, un engloutissement dont pourtant, sous une forme presque inaudible, on trouve ici ou là des remontées aussi saisissantes qu’inespérées. Le récit poétique d’André Cohen Aknin ne cherche pas à en faire la théorie, il n’en est que plus convaincant.

  • La mémoire individuelle et collective 

    "La mémoire individuelle et collective" 
    Guy Masson, Bibliothécaire pour le blog des critiques de lectures écrites par les bibliothécaireshttp://everitoutheque.viabloga.com/
     
    Voici un livre bouleversant qui décrit  après une longue absence la rencontre d’un fils  avec sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer. Confronté aux atteintes neurologiques irréversibles engendrées par cette maladie, il va malgré tout essayer de rentrer en communication avec Juliette. Il va noter toutes les bribes de mots qu’elle prononce. Pour réveiller ses souvenirs d’ancienne couturière à Oran, il va lui faire toucher du tissu. Il va également lui faire écouter de la musique arabo-andalouse… Se sentant coupable, conscient d’être à l’origine du chagrin maternel, le narrateur va lui raconter ses souvenirs d’enfance en Algérie,  son exil volontaire et ses nombreux voyages.

    Cette tentative de rapprochement va se heurter au regard critique de son frère aîné, mais aussi de l’assistante de vie. Heureusement, il retrouvera un peu de réconfort grâce à Mourad, l’épicier arabe avec qui il apprendra à réaliser une loubia, un plat typiquement algérien et que Juliette faisait si bien.

    La mémoire individuelle et collective est sans doute le thème central de ce récit écrit  avec  sensibilité et délicatesse. Il est question de la guerre d’Algérie, d’exode forcé, de nostalgie. C’est un ouvrage qui mélange les goûts, les couleurs, les odeurs, les recettes de cuisine, les musiques et les traditions juives et musulmanes.

    On retrouve dans ce roman des thèmes chers à André Cohen Aknin, écrivain et poète : l’attachement à l’Algérie, aux racines, aux traditions, la douleur d’avoir perdu sa sœur et le pays de son enfance. C’est le bilan d’une vie passée à comprendre son sens. C’est aussi le regard lumineux d’un poète qui apprécie le mélange des cultures et qui dresse un pont entre celles de l’Orient et de l’Occident.
    Ce roman apporte un regard bienveillant sur l’autre qu’il s’agisse de la personne malade perdue dans un océan inconnu ou de l'étranger. 

    Récit à la fois intime, poétique et humaniste qui peut se lire à plusieurs niveaux.

    Une mention spéciale pour le soin apporté par l’éditeur à la composition de cet ouvrage qui est aussi un bel objet.

  • Voyage au pays des saveurs

    Voyage au pays des saveurs
    de Genevieve Briot pour la revue A. LITTERATURE ACTION
     
    Qui se laisse porter sur l'océan ? Est-ce le narrateur qui s'abandonne au chant de la vague ? Est-ce Juliette sa mère qui vogue sans repères dans la maladie d'Alzheimer ?
     
    Le fils revient vers elle après une longue absence. Un choc. Le souhait des retrouvailles pourrait s'arrêter là, tant le silence qu'elle lui oppose est impénétrable, tant il est démuni par son mutisme. Elle est devenue une inconnue. Comment la rejoindre ?
     
    Bien sûr, dans sa jeunesse, iI avait voulu aller à contre-courant des habitudes et souhaits du milieu familial, pour devenir LUI dans sa part solitaire et indépendante. Désir d'un enfant bouleversé par la guerre d'Algérie, d'un adolescent meurtri par une forme d'exil et qui avait soif d'un ailleurs, de plusieurs ailleurs.
    Combat de l'homme avec l'ange qui rallie la terre et le ciel, l'individu à l'être.
     
    Sa mère est la nourriture terrestre qui porte le parfum d'un pays, d'une histoire. En sa présence végétative, il entreprend un voyage au long cours où il lui faut vaincre des obstacles. Les odeurs, les goûts de la loubia et des plats des fêtes juives d'Algérie concrétisent le chemin sur lequel il entraîne le lecteur avec humour et gourmandise. L'apaisement vient avec le triomphe des sensations, des saveurs de l'enfance.
     
    Ils ont vécu dans deux mondes qui s'ignoraient mutuellement.
    Raviver la vie heureuse et tragique de Juliette, les musiques d'autrefois, raconter enfin ses voyages à lui, ses épreuves, sa passion de la lecture à elle qui lisait à peine, son envie d'écrire qui a progressé pas à pas.
    Ce qui n'a jamais été dit est révélé à travers des dialogues surréalistes, des rêves…
     
    Juliette a oublié parole et sensibilité au monde qui l'entoure. Il faut reconquérir le lien perdu, syllabe à syllabe, mot à mot, note à note, regard à regard. La présence attentive du fils prodigue, la musique de ses mots opèrent un éveil.
    Le narrateur flotte sur la vague des onomatopées de la vieille dame, de ses sons et phrases décousues. Par un nouveau langage fait aussi de voix et de gestes, il réunit deux mondes séparés.
     
    La phrase est ajustée dans sa musicalité, souvent proche de l'oral, ce qui donne une présence physique au texte, une résonance vivante. 
     
    On perçoit là tout l'intérêt d'André Cohen Aknin pour le théâtre, pour le métier au sens étymologique du mystère, du travail et de l'artisanat ; il a été menuisier. 
     
    Roman de conciliation, de reconnaissance, d'harmonie. Roman d'amour donc.
     
    "Ma mère a le don des femmes vêtues de sable rouge… de celles qui écrivent avec leur cuisine d’où s’élève le parfum des épices… Sous ses mains, les grains de semoule parlent du désert, des chamelles, du quartier, des cris des enfants et du joueur de flûte sous un ciel étoilé…"

  • Comme acte d'amour d'un fils pour sa mère

    Un lit dans l'océan, un roman comme acte d'amour d'un fils pour sa mère.
    Radio France Alzheimer - Emission "Coup de pouce, coup de cœur" 
     
    André Cohen Aknin vient de publier Un lit dans l’océan (Editions Paroles), un roman largement inspiré de sa propre vie. Le narrateur est le fils de Juliette, une vieille femme juive d’Algérie atteinte par la maladie d’Alzheimer. Le narrateur, c’est lui, André. Juliette est sa mère. Le fil rouge du roman : la cuisine, la musique et l’amour d’un fils pour sa mère. “Ce livre est un acte d’amour. C’est comment libérer la vie là où elle est emprisonnée.”

    Radio France Alzheimer - Emission "Coup de pouce, coup de cœur". Animé par Laurent Dupuis. (13') https://radiofrancealzheimer.org/broadcast/1237-Un-lit-dans-l-océan-un-roman-comme-acte-d-amour-d-un-fils-pour-sa-mère

  • Avis Presse, lecteurs - extraits - "D'azur et de feu"

    • Du Maroc à l'Inde, en passant par la Russie, le Canada ou l'Afrique, de voyages en rencontres, de l'enseignement à la fréquentation des milieux littéraires et anarchistes, cet ouvrage retrace le parcours d'une femme libre, amoureuse, anti-conventionnelle, haute en couleur, qui force l'admiration par son dynamisme. Bulletin de Bourg-de-Péage
     
    • Le rire de Josette et de Geneviève, le jour de la photo de la quatrième de couverture, est un rire de soleil. Ce n'était pas un rire bruyant, ostentatoire, mais un rire plein, plein comme un corps entier, un corps de femme, plein comme un poème, un poème-rire.
    Elles riaient aux éclats, assises sur le canapé ; elles riaient d'être ensemble, de pouvoir se regarder, se parler. On aurait dit des adolescentes, même si l'une a 90 ans et l'autre presque 80. Josette est fille de menuisier ; Geneviève, fille de boulanger. Qu'ont-elles en commun ? D'être des femmes, d'être curieuses, d'avoir de l'intérêt pour les autres et une inébranlable volonté d'être libre, libre dans leur manière de penser et dans leur corps. Elles ont aussi le besoin insatiable de lire et celui d'écrire. Josette a beaucoup écrit sur ses carnets de voyage, Geneviève est écrivaine. Elles ont aussi en commun d'avoir enseigné. "Elles rient", André Cohen Aknin. extrait. Revue A Littérature Action
     
    • On y évoque la vie d'une Romanaise, née à Châtilllon - St-Jean en 1927. Josette a épousé Robert Passas de Bourg-de-Péage.
    … une femme qui portait les valeurs de la fraternité et de la liberté des anarchistes. Une femme en quête de spiritualité sans appartenir à une religion. Josette a aimé d'amour ou d'amitié des gens hors du commun. Elle se souvenait avec émotion de sa passion amoureuse pour le vieil anarchiste libertaire Alexandre Marius Jacob. Elle en témoigna sur France Culture lors d'une émission consacrée à cet "honnête cambrioleur". Laurent Thiot, L'Impartial 
     
     • J'ai admiré cette femme pour sa liberté de penser et d'être, son énergie de vie, sa confiance et son intelligence des choses de la vie. Yamina, lectrice 
     
    • Une vraie merveille, quelle aventure, quel chemin, quel rythme ! Et, parfois, quelle audace ! Tant de choses, tant de beautés, de bontés, de douceurs alimentent et nourrissent cette belle vie d’une femme d’exception ! … C’est la larme à l’œil que je referme ce livre, pardon, ce roadbook d’une vie extraordinaire, le sillage d’une vie-modèle, comme une procession de foi, une ode à la vie !
    Félicitations pour cette belle écriture qui cisèle et honore admirablement cette aventure d’une vie ô combien riche, émouvante, renversante parfois, mais stimulante, séduisante. Richard, lecteur
     
    • Je vois ce livre comme un tissage léger et presque transparent, alternant les rayures de laine fine et de soie brillante et cela, ce sont les deux écritures de Josette et Geneviève, sans que je sache laquelle est en laine et laquelle est en soie. Claudia, lectrice 
     
    • Je ne regrette qu’une chose, c’est de ne pas l’avoir connue... autrement que par cet ouvrage. Merci pour ce bel hommage à cette si belle personne. Jean-Luc, lecteur