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Geneviève Briot, André Cohen Aknin, Bleu 31

  • Le souffle d'une poétesse en terre drômoise

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    La forêt habite ma chambre Editions Marsa productions

    "Dans notre maison sur la colline
    un jardin étoile se dessine sous nos pieds
    Nous mêlons terre lorraine et africaine
    Le grand chêne rassemble enfants et amis" 

    Des collines ardéchoises au désert algérien, en passant par les forêts lorraines, la poétesse nous fait entrer en résonance directe avec les éléments naturels, ses voyages, ses amours, ses deuils qui composent sa propre histoire de vie et par sa voie et sa voix, elle  touche cette force vitale qui est dans le cœur de chacun. Comme l'écrit André Cohen Aknin dans la préface : Il ne tient qu'à nous d'étirer ses textes pour y tracer son propre chemin. Il écrit aussi qu'elle est un arbre qui marche. Elle est connectée au mouvement perpétuel, qu'elle nomme la source. Pour elle, Le poème est une énergie qui appartient à tous les êtres et à toutes les choses du monde, qui leur permet de se connecter entre eux… La poésie est sa manière de vivre, de rester connectée à la sève même de l'arbre avec lequel elle entretient un rapport étroit. 
    Extrait de l'article paru le 12 février 2026 dans La Tribune de Montélimar
    Jessica Roy

    Annonce pour 2 lectures de "La forêt habite ma chambre", le 21 février à 17h à l'atelier du Chouchalout aux Pilles, près de Nyons et le 26 février à 19h à la Librairie des Cordeliers à Romans-sur-Isère

  • Livre sur table

    Lettre d'un colporteur-liseur N°39
    "Livre sur table" de André Cohen Aknin (16 mars 26)
    Les poètes cités sont : Anne Sexton, Pablo Neruda, Allen Ginsberg, Forough Farrokhzâd, Serhiy Zhadan, Tuvya Ruebner, Ziad Medoukh  

    "Aujourd'hui les corbeaux jouent au blackjack sur le stéthoscope"

    nous dit Anne Sexton dans son poème "Fuis sur ton âne". C'est un peu ce que nous vivons avec les chaînes d'info. Journaliste et intervenants auscultent le monde, prenant parfois un ton de chroniqueur sportif pour captiver leur hypothétique auditoire cathodique. 

    Il y a des cerveaux qui pourrissent ici
    telles des bananes noires.
    Des cœurs sont devenus aussi plats que des assiettes.
    Anne, Anne,
    fuis sur ton âne, 
    fuis cet hôtel triste,
    monte une bête poilue,
    galope en reculons en appuyant 
    tes fesses sur son garrot,
    adapte-toi d'une manière ou d'une autre à son trot gauche… (1)

    Anne Sexton est une poète américaine des années soixante qui a été internée en hôpital psychiatrique, son "hôtel triste". Heureusement, "De la pulsion de la mort jaillit l’énergie créatrice", nous dit Patricia Godi dans la préface des Œuvres poétiques (1960-1969) de la poète, "depuis l’hôpital où la patiente est sauvée doublement par la parole : celle de la psychothérapie poursuivie tout au long de sa vie, et celle de la poésie qui ne la quittera plus."
    "Anne, Anne / Fuis sur ton âne". 
    L'âne d'Anne Sexton est une peluche(2). Ce qu'on aimerait que nos dirigeants jouent à la guerre avec des peluches ou des soldats de plomb ! Pour ce qui est de la psychothérapie, autrement dit la parole authentique, l'échange, ça ne semble pas leur correspondre, "chacun parle à sa bouche" nous dit Anne Sexton. Elle évoque ailleurs l'aphorisme de Francis Scott Fitzgerald : "Toute vie est bien entendu un processus de démolition"(3). 
    Heureusement, il y a la poésie. Une poésie qui s'ancre dans le réel qui nous dépasse.

    Un livre était en évidence sur le bureau du Président E.M lors de sa déclaration début mars, une anthologie de la poésie de Pablo Neruda "Résidence sur la terre"(4). Je ne commenterai pas l'emplacement du marque-page, d'autres s'en sont chargé. Je me suis juste réjoui de la présence d'un livre de poésie en pareille circonstance. J'ai même pensé qu'il allait nous en lire un extrait et qu'il allait proposer, pourquoi pas, aux autres dirigeants de la planète de s'envoyer des poèmes plutôt que des bombes !
    Pierre dans la pierre, où est allé l'homme ?
    Air dans l'air où est allé l'homme ?
    Tendre le temps, où est allé l'homme ?
    Qu'est devenue la parcelle brisée 
    de l'homme inachevé, de l'aigle vide, 
    qui, dans les rues d'aujourd'hui, qui, sur les traces
    qui, sur les feuilles de l'automne mort
    tourmente l'âme jusqu'à la mort ? (5)
    Que pourrait twitter le président états-unien D.T ? Le "Post-scriptum" de Howl de Ginsberg ? S'aventurer dans des textes qui ne conviennent pas a priori offre parfois des solutions. 
    Le monde est sacré ! L'âme est sacrée ! La peau est sacrée ! Le nez est sacré ! La langue et la queue et la main et l'anus sacrés !
    Tout est sacré ! tout le monde est sacré ! partout est sacré ! toute journée est dans l'éternité ! Tout homme est un ange ! (6)
    L'Ukrainien V.Z lui ferait remarquer que "Le monde déborde de musique et de feu". Il cite Serhiy Zhadan, qui ajoute :
    Dans l’obscurité, s’élèvent les voix de poissons volants et d’animaux chanteurs.
    Depuis, presque tous ceux qui s’étaient mariés sont morts.
    Depuis, les parents des gens de mon âge sont morts…
    Le ciel se déploie, amer comme dans les romans de Gogol. (7)
    Le nouveau guide suprême iranien M.K enverrait un poème de Forough Farrokhzâd :
    La vie, c’est peut-être
    Cet instant captif
    Où mon regard s’anéantit dans la pupille de tes yeux (8)
    Quant au Russe V.P, il resterait sur sa position, du moins au début, avec son poète préféré Mikhaïl Lermontov :
    Le temps viendra où toi-même apprendras
    La vie guerrière ;
    Et, hardiment, tu monteras ton cheval
    Et prendras les armes.
    Moi-même ta selle de combat
    Je la broderai de soie... (9)
    L'Israélien B.N se jetterait dans la danse, poussé par des poètes comme Tuvya Ruebner :
    Ce n’est pas ce que nous voulions, non, pas ce que nous voulions.
    Que sommes-nous sans eux et pour quoi ?
    Ce n’est pas ainsi que nous pensions, que nous voulions, non,
    pas ce que nous voulions
    qu’ainsi la terre dévore. (10)
    Ce à quoi le Palestinien M.A, répondrait avec la voix de Ziad Medoukh :
    La joie vient toujours après la peine,
    Le soleil brille après la nuit sombre,
    Gaza sera heureuse, Gaza sera brillante,
    Gaza sera libre, Gaza vivra en paix (11)
    Et cætera… 

    Reste que si les dirigeants demeuraient dans leur coin, leurs conseillers finiraient par leur suggérer un poème plutôt qu'un autre et ils retomberaient dans leurs travers. Il faut de l'instantané si l'on veut que ça bouge. Je suggère pour ce faire de les regrouper de manière aléatoire dans des hôpitaux psychiatriques pour des séjours courts et intenses. Leur pulsion de mort pourrait ainsi se transformer en énergie créatrice. Ce que dit Patricia Godi à propos d'Anne Sexton nous concerne tous, n'est-ce pas ? La poète était en hôpital psychiatrique, c'est donc là que ça marche. La thérapie consisterait en des joutes poétiques diurnes et nocturnes. Les dirigeants de la planète s'adresseraient des poèmes, à la manière de poètes-performeurs où la langue est étirée, déchirée par endroits, pour offrir à celui qui écoute un passage possible ; ou simplement à plat, respectant de cette façon le rythme de chacun. Pour ce qui est des langues étrangères, pas de limites, la vibration de la poésie parle d'elle-même, elle est notre voix(e) commune… J'ai découvert dernièrement que dans le désert du Sahara, Eberzeouêl ägg Äzebbedah, des Kel-Ghela, répondit par un poème à Äbekkeda äg Kelâla, des Oûraghen, qui discréditait par un poème le parti de la paix après le combat d'Oudjmîden. 
    "En quoi la paix t'est-elle insupportable ?
     Toute paix qui se conclut sans contrainte et sans injustice est douce"(12)

    Si le besoin de jouer des muscles devenait inévitable, je conseillerais la lutte sénégalaise (on dit "làmb" en wolof et "njom" en sérère, on parle aussi de lutte mandingue), à cause de ses dimensions bestiale et mystique. Elle se pratique sous la protection de marabouts, avec un cérémonial de danses et de chants. Les lutteurs sont couverts de multiples mixtures. J'imagine fort bien nos dirigeants couverts d'onguents et de plumes… Il y a aussi la lutte japonaise, mais je ne vois pas notre Président E.M en lutteur de sumo.

    André Cohen Aknin 
    16 mars 26

    L'idée de cette lettre a surgi, alors que je me préparais à une petite intervention chirurgicale (rien de grave). J'étais dans une salle d'attente en compagnie d'une dizaine de personnes, hommes et femmes, l'air grave, en chemises chirurgicales et charlottes sur le crâne strictement identiques. La télévision projetait sur plusieurs écrans notre Président de la République sur son porte-avions. On se serait cru dans un film de science-fiction. En sortant de là, j’avais besoin de me divertir.
    J'ai une pensée pour ceux et celles qui reçoivent les bombes en vrai. Cette lettre leur est dédiée.

     

    (1) Extrait de Tu vis ou tu meurs. Anne Sexton. Œuvres poétiques (1960-1969). Traduit par Sabine Huynh. Préface de Patricia Godi. Editions "des femmes-Antoinette Fouque" 
    (2) "Lettre d'adieu"- Tu vis ou tu meurs. Anne Sexton
    (3) La fêlure. Folio Gallimard. Rapporté par Patricia Godi
    (4) Résider sur la Terre, une anthologie qui regroupe une partie de l'œuvre de Pablo Neruda, publiée dans la collection Quarto des éditions Gallimard en 2023
    (5) Pablo Neruda, par Jean Marcenac. Poètes d'aujourd'hui, Seghers Editeur
    (6) Allen Ginsberg. Howl.  Christian Bourgois Editeur
    (7) https://www.recoursaupoeme.fr/6-poetes-ukrainiens/
    (8) https://arbrealettres.wordpress.com/2025/03/29/une-autre-naissance-forough-farrokhzad/
    (9) 1814-1841. "Une berceuse cosaque". 
    (10) https://www.recoursaupoeme.fr/vingt-ans-de-poesie-israelienne-engagee/
    (11) Extrait du poème "Gaza espère". Poèmes d'espoir dans la douleur. Ziad Medoukh. Scribest Editions. 
    (12) Dominique Casajus, "Art poétique et art de la guerre dans l'ancien monde touareg". Article paru dans la revue L’Homme, N°146, 1998

  • "La forêt habite ma chambre”

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    VIENT DE PARAÎTRE

    "La forêt habite ma chambre” de Geneviève Briot

    Avec sa poésie, Geneviève Briot froisse le temps et trace un chemin à la rencontre d'êtres proches et lointains, en osmose avec la nature et nos origines. La sève coule dans ses veines. Elle puise dans son enfance lorraine : "Mon village est sur ma peau / Je suis son tambour." La Drôme où elle vit est une autre source d'inspiration. 
    On entend une musique intérieure qui se décline en quatre mouvements : J'écoute la source - Une lumière mirabelle - Le souffle de la parole - Au clair de ma page.

    Les Editions Marsa accompagnent Geneviève Briot depuis son roman “L’appel du sud” et des récits “Un livre à la mer” sur l’Algérie et le Sahara.

    "Une poésie sobre et sensible, à fleur de vie". Jean-Pierre Siméon, poète.

    "Il y a des phrases magiques qui émettent un écho sourd et vibrant en moi… La lire me procure une grande paix intérieure." Pascal Delalée, musicien

    "Un recueil qui embrasse l'intime et l'universel, l'attention au monde, les liens tissés." Valérie Martin Montarien, autrice

    Ce qui est magnifique avec Geneviève Briot, c'est qu'un seul de ses poèmes vous envoie sourire avec les étoiles pour une journée d'éternité… sa forêt habite aussi ma chambre à présent et mes nuits respirent l'odeur du poème et du jasmin. Juan Antonio Martinez metteur en scène

    Editions Marsa Publications
    Collection "Poésie sur tous les fronts”
    dirigée par Christian Viguié
    https://revue-a.fr/
    ISBN : 978-2-494652-27-9

  • Marie-Paule Richard poète

    L'horloge de la poète Marie-Paule Richard s'est arrêtée en juillet 2025, la stoppant dans son élan. Elle devait donner une lecture à Névache dans les Hautes-Alpes, avec Cathline, lectrice et chanteuse. Elles cheminent ensemble depuis longtemps.

    J'ai rencontré Marie-Paule sous le nom de Marie-Renée au début des années 2000. Elle présentait à la médiathèque de Romans-sur-Isère son roman "Hôtel de la plage". Mais son domaine était la poésie.

    Elle-même a évoqué la mort d'un poète devançant la sienne de plusieurs années :

    l'horloge du poète s'est / arrêtée / il va... / au bout de lui-même... / au bout de ses mains poussent/ les feuilles qu'il n'a pas écrites

    Sa vie se déroule dans une histoire et une géographie. Vivre près du Vercors n'est pas anodin.

    Plus qu'une montagne / un pays / une famille / protectrice et rude / massive et secrète... ...des morts surgissent les vivants /...l'homme fait corps avec la montagne
    au profond de ses entrailles/ elle a ses secrets / ses morts ses batailles

    J'ai sous les yeux son recueil Fleur d'orage, beau titre inspiré d'Andrée Chedid paru chez Jacques Brémond en 2018. "Chaque fleur d'orage porte la graine de demain" inscrit-elle en exergue.

    Dans la lignée de la poète franco-égypto-libanaise, Marie-Paule cherchait les alliances. Elle a publié avec des artistes, Marie-France Chevalier pour "Mon Vercors", Jean-Paul Meiser pour "Riflesso".

    Elle animait des ateliers d'écriture. Elle a aidé Chantal Umuraza à raconter "Une jeunesse rwandaise" au milieu des massacres qu'a connues la jeune fille en 1994. Jean Magalhaes a pu dire ce qui lui tenait à cœur "Dans le ventre du loup". D'autres, grâce à elle ont pu écrire des mots libérateurs.

    Elle écrit dans "Fleur d'orage" : Cheminer, s'accorder, s'émerveiller. Et aussi :

    inventer sa route /dans le débris de ses rêves à la rencontre / de l'autre

    Elle est avant tout REGARD, me semble-t-il. Sensible à l'éphémère, elle voit les petits riens qui sont tout. Un rire, la chute d'un pétale, un papillon. Elle dénonce les artifices. Elle dit aussi que le langage est de sable.

    Tout autre est le recueil "D'infinis paysages", poème d'amour à la femme aimée.

    la caresse / est notre langue / un chant / la houle qui nous aimante

    La sensualité s'y déploie d'autant plus sublimée qu'elle est en retenue et va vers la rupture

    toi et puis rien / une brise/ un vol d'oiseau / en moi tous les désirs / toute l'intranquillité du monde

    Le désir interdit laisse la page blanche : je pleure / ce que je ne sais pas nommer

    Marie-Paule, je l'ai plus croisée que connue. Je ne sais pas si elle était facétieuse. J'aime à penser que ses mots pourraient resurgir parmi nous comme "un petit nuage qui gonflait ses joues dans le couchant"

    Geneviève Briot juillet 2025

  • Les nymhéas à deux voix - Musée de l'Orangerie

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    Entrer au Musée de l'Orangerie, c'est entrer dans un temple où règnent les nymphéas. Des ondes d'un bleu vert pailleté d'étoiles dansent sur les murs. Le silence s'impose et chacun s'y trouve seul au milieu de tous. Une divinité de la Paix y séjourne, déesse primitive de la nature. Les visiteurs sont pris dans une ronde d'étangs. Sur les murs, en sourdine, un chant se devine, mystique. Plongée dans le bleu.Claude Monet peint pendant des jours et des jours. J'imagine que dans son sommeil, il nage dans la transparence, prêt à saisir la moindre lueur. L'onde est aussi le ciel. Lequel reflète l'autre ? Un buisson ardent, un soleil qui insuffle le rire et des chuchotis. Des vents agitent la surface. Le fond frémit, là où s'enracinent les algues. Les plantes enlacées enfantent dans le clapotis de l'eau. Des saules pleureurs réfléchissent l'aube. Des bulles d'air éclatent.L'artiste peint les couleurs en bourgeons sur le point de s'épanouir. Tous ses tableaux sont là, visages de porcelaine dans les fleurs des nymphéas, cheveux lumière, robes clartés du féminin, habits sombre des hommes. Nous entrons dans le secret de l'art. Claude Monet livre un mystère aux regards qui plongent au cœur des eaux. Vibration de poètes et d'artistes, traversée de miroirs.Il peint pendant des jours et des nuits, même quand les pinceaux gorgés de couleurs se reposent. Ses rêves sont dans l'étang, errent avec des antennes qui appellent les enfances, les chemins étranges de la vie et de la mort.Monet devenu étang, fait son autoportrait qui flotte tel Ophélie.Les nymphéas, déesses de l'onde dansent sous nos yeux d'intérieur et nous offrent l'innommable douceur d'un jardin sous les eaux.

    Geneviève

     

    Je n'ai qu'à tendre le bras pour sentir les remous de la main du peintre. Les flots sont vivants. Une aubaine pour quelqu'un né en bord de mer qui aspire à se baigner. Les herbes sont folles ; elles imitent les voyelles et font des pirouettes sous les yeux amusés des nénuphars. L'eau, son bleu multiplié, couvre la page. Les Nymphéas sont un livre ouvert. J'assiste à une leçon d'écriture. Forcément, chaque visiteur, devenu lecteur, trouvera son compte. Devenus également corps à la dérive parés de silences. Car tel est le vœu du peintre. Silence, il faut faire silence. Les gardiennes de l'Orangerie le rappellent régulièrement. Des silences aussi nombreux que les visiteurs. Derrière les murs peints, une mer immense, d'un bleu noir, originelle. On devine son bouillonnement dans les éclats de voix soudains des visiteurs. L'émotion est telle que j'en oublie mon chapeau.

    André

  • Des amandiers

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    Des amandiers sur le chemin

    Mes pas au jour le jour

    Appel d'un oiseau

    Geneviève Briot

  • Salon du livre à Chomérac

    5 avril 2025. 
    Premier Salon du livre de Chomérac organisé par Marie-Jo Volle et Christine Bénéfice, avec la présence de Caroline Thivel, la fille d'Alain Borne qui a publié La fille de l'autre, récit de son enquête pour confirmer sa filiation qu'elle a connue tardivement
    Avec une quinzaine d'auteurs de la région, nous présentons nos livres à la Condamine, lieu plein de charme en ce début de printemps.
    Nous donnons aussi notre lecture : Alain Borne. De l'autre côté du miroir. Plonger dans son monde et une époque, faire entendre sa vibration qui vient jusqu'à nous. Sa voix demeure vivante, en écho à son souhait de laisser après lui une sorte de feuillage / pour que des yeux voyant mon petit automne / se demandent s'il reste un peu de sève dans l'arbre. Il ne voulait, disait-il, que chanter l'amour, la mort et l'homme dans sa misère et sa grandeur.
    Relier Alain Borne à Caroline Thivel, c'est relier ce qui ne l'a pas été en son temps.
    En la circonstance, nous a rejoints Maël Vincensini, la petite-fille du poète ardéchois qui est écrivaine. Pour moi, c'est aussi retrouver un peu de la ferveur des rencontres de Chomérac des années 78 - 85. Elles étaient organisées par l'ami d'Alain Borne, Paul Vincensini, disparu en 1985. Il ne cessait d'inviter tout un chacun à vivre en poésie.
    C'est à Chomérac en particulier que mes poèmes ont pris racine avec l'amitié de Paul et de Guillevic. Mon premier recueil a pour titre Basalte publié chez Guy Chambelland, présent à l'une de ces rencontres ; il a la teneur de cette pierre nourrie du feu des entrailles de la terre. 
    La poésie emprunte des chemins sinueux pour se faire entendre. Elle est parfois rivière souterraine et resurgit en ignorant la chronologie, simplement parce qu'elle est pouvoir de vie.

    Geneviève

  • D'un père à l'autre

    À propos du livre de Caroline Thivel "La fille de l'autre", Éditions Plon
    Article paru dans la revue QUINZAINES, n° 1262 de Septembre 2024


    Ce livre est la quête d'une femme pour découvrir un père dont elle a appris l'existence à plus de quarante ans. Une révélation qu'elle refuse d'abord, parce qu'il y a un autre père, Antoine, qui l'a élevée avec sa sœur. Elle est prise par cette révélation. Elle cherche des preuves pour accepter la filiation avec le poète Alain Borne. 

    Caroline Thivel se demande si le poète connaissait l'existence de ses filles ; elle commence à découvrir des traces. Il y a ce poème sur une petite fille : "Dors ma petite fille / C’est dans si longtemps qu’il faudra mourir / La vie descend vers la mer de son sable insensible / Dors contre mon cœur fleur de mon émoi”. Mais ce poème a été écrit en 1947, c'est-à-dire des années avant la naissance des deux enfants. Il y a aussi ces deux poupées qu'on a retrouvées dans le cartable d'Alain Borne quelques jours avant Noël, alors qu'il venait de mourir sur la route entre Montélimar et Avignon où il allait plaider. 
    Cette mort, il y pensait depuis l'enfance : "En ce temps-là, la mort était jeune et bégayait en moi”, dit-il. Il la craignait, mais elle le fascinait. "Je sais que tout est néant / mais j'aime ce néant et je le chante”, écrit-il dans Terre de l’été. Ajoutée à cela sa quête d'un amour absolu, qu'il savait inaccessible. Ce sont là les deux thèmes forts de sa poésie : l'amour et la mort. Mais Caroline Thivel s'intéresse à l'homme plus qu'au poète : "Un grand type élégant, au nez imposant, l’air doux et triste, une cigarette coincée entre ses doigts interminables. Il avait les cheveux grisonnants, l’air plus vieux qu’il n’a jamais été puisqu’il est mort à quarante‐sept ans.” Telle est la présentation qu’elle découvre. Il est décrit comme un être secret, hésitant, qui avait les plus grandes difficultés à affronter la vérité. Il se disait capable de tous les mensonges. Elle précise qu'au moment de la révélation, sa sœur et elles étaient "curieusement insensibles à la poésie".
    Lui savait pour ses filles. Elles, non. C'est Antoine, l'autre père, qui leur révèle la vérité et fait entrer Alain Borne dans leur vie. Caroline et Béatrice ont donc grandi dans l’ombre d’un inconnu dont elles ignoraient tout. Ce livre est une gestation. "J'écris les mémoires d'un homme qui pousse en moi", dit Caroline. Elle décide de s'attaquer à l'œuvre poétique d'Alain Borne. C'est une œuvre lumineuse, malgré le tragique qui l’enveloppe : “L’amour, d'abord, jaillit dans les poèmes de Terre de l'été, fervent cantique célébrant la passion et la vie des sens”, écrit Max Alhau qui ajoute : “Alain Borne rejoint par la chaleur de son verbe la poésie d’Éluard - mais la mort, contrepoids de la vie, marque les plus beaux recueils du poète".
     Un certain Georges, qui avait rencontré Alain Borne au collège, dit de lui qu'il donnait l’impression d’être témoin d’une autre vie, de celle de "l’autre côté du miroir". Ce témoignage, l'autrice l'a trouvé parmi d’autres, dans un quotidien régional daté de décembre 1994, l’année où Antoine lui a révélé l’existence du poète. Quant à René Tavernier, le père de Bertrand le cinéaste, le fondateur de la revue Confluences à laquelle Alain a collaboré, il disait qu'Alain, "si silencieux, était capable de brusques accès d’éloquence. Tel un jeune prince nordique, il portait haut un visage noble et grave, éclairé du feu sombre de ses yeux. Il était difficile de séduire Alain Borne. C’était un être secret qui ne se livrait qu’avec discrétion et pudeur, un être délicat qui souffrait de la moindre facilité, de la moindre complaisance, de la plus petite compromission." Voilà bien de quoi attiser la curiosité sur cet homme mystérieux dont elle serait issue. 
    Caroline Thivel consulte des lettres, lit des poèmes, elle cherche des preuves. Elle découvre La nuit me parle de toi, un recueil publié en 1964, deux ans après la mort d'Alain Borne. Il lui semble qu'Alain s’adresse à sa mère : "Je suis venu à toi comme on traverse un gué / Vers la rive capitale". Cela ne lui est guère suffisant, elle cherche la preuve indiscutable qu'elle est la fille du poète, tout en s'éloignant de cette idée. Faire le deuil du premier père, elle ne s'y résout pas. "Pour rien au monde, je n’aurais échangé ce père lointain et fragile, cet homme fidèle et responsable, touchant et vivant, contre un autre père. Un poète mort depuis bien trop longtemps". Cependant, un père n’exclut pas l'autre…
    Son père Antoine disait d'Alain Borne qu'il "était un grand échalas rêveur qui consommait autant d'alcool que de femmes". Séduire, ne serait-ce pas une façon de s'opposer à la mort qui "ne peut rien contre la passion. L'amour est une flamme qui redonne à l'homme sa pureté originelle", écrit Max Alhau. Pour Alain Borne, il y eut Lislei, un amour fantasmé qui donna tant de beaux poèmes, mais "cette jeune fille transparente fait place ensuite à la sensualité, à la femme de sang”, comme le note La Tribune de Genève de janvier 1963. Mais même l'amour accompli ne pouvait pas le satisfaire : "Je me détourne de toi", finira-t-il par écrire. Caroline Thivel cherche des ressemblances. Le récit dévoile des liens entre la fille et le poète. Comme lui, elle a fait des études de droit à Grenoble, elle écrit et, après avoir parlé des expériences amoureuses d'Alain Borne, elle évoque les siennes.
    Elle apprend que chez Alain Borne tout ce qui était matériel avait peu d'importance. Il exerça cependant son métier d'avocat et utilisa son verbe pour défendre entre autres des détenus FNL et MNA. Son écriture intime et le fait de rester à Montélimar, loin des cénacles parisiens, ne l'empêchait pas d'être conscient du monde alentour. "Je n'ai pas chanté souvent la vie des hommes", écrit-il. "Je voudrais être un homme nu / dans une de ses foules où le malheur est chaud / parmi les femmes sans beauté, les hommes sans hauteur…”. "Le poète savait la fêlure qui était en lui, que nous avons tous, mais il en avait la lucidité et seule la poésie lui permettait d’avoir les yeux ouverts", écrit Geneviève Briot dans un article sur Alain Borne adressé au "Printemps des poètes" en 2016.
    Caroline Thivel découvre l'importance de la mère d'Alain Borne, avec qui il entretenait une relation très forte. Une mère qu'il aimait plus que tout. Pour ce qui est du reste de la famille, que penser de l'attitude de certains de ses membres qui ont été jusqu'à brûler son matelas le lendemain de sa mort, comme pour effacer toute trace scandaleuse ? Pour saisir l'ampleur de la réprobation, il faut se mettre dans le contexte de l’époque, les amours hors mariage étaient condamnées. 
    Caroline Thivel cherche également du côté des amis du poète, particulièrement Jacques Bret. Leur amitié était intense. "Je pouvais continuer à avoir une âme puisque vous en avez une", écrit Alain Borne. Et plus loin dans la même lettre : "Je vous dois de n'avoir rien abdiqué". La femme de Jacques Bret lui révélera bien des choses du poète et aussi de Marie, sa mère. Marie qui lui cacha jusqu'au bout l'existence de ce père, qui fut une amoureuse différente, puisqu'elle compta pour le poète et qu'il lui donna deux filles. Celui-ci lui proposa même de vivre avec lui. Elle y aspirait également, mais tous deux furent incapables d'y parvenir, ligotés par leur éducation bourgeoise et les mœurs des années cinquante. Elle craignait qu'un divorce lui fasse perdre ses filles. Alain Borne fut pour ainsi dire pris à son propre jeu. Il écrit : "Les femmes croient souvent que je les aime et ce n’est pas vrai ! Et pour une fois où je ne mens pas, je ne suis pas cru !"
    Bon an mal an, l'auteure continue de chercher. Il y a quelque chose de mystérieux chez Alain Borne. Pierre Seghers dit de lui qu'il est "hanté". Faut-il néanmoins tenter de le mettre à nu ? Dans une lettre, Marie avertit : "C’est un attentat à la pudeur de vouloir dépouiller Alain de ses masques." Elle parle des amours du poète. On prend aussi cet avertissement pour l'homme tout entier. On est tentés. 
    On apprend qu'avant sa mort, en décembre 1962, "il commençait à penser qu’il avait besoin d’une vie normale", sans vague à l'âme, sans mensonge (pourquoi pas), sans souffrance surtout. Y aspirait-t-il vraiment ? Mais dans une "vie normale", aurait-il écrit son besoin d’absolu ? Son obsession : la crainte d'être oublié. Il écrit dans En une seule injure :
    "Rien ne parle de l'homme mort
    ni son fils où la vie suscite un supplice neuf
    ni la terre que gonfle sa dépouille
    ni l'herbe porteuse de sa substance. 
    Son ombre est effacée."
    On pourrait voir là la pensée d'un Occidental. Un poète africain n'aurait certainement pas parlé ainsi. En Afrique, le visible et l'invisible se côtoient, il n'y a pas de frontière, comme l'a écrit le poète sénégalais Birago Diop dans son poème Souffles, publié dans une anthologie africaine de Jacques Chevrier : 
    "Ceux qui sont morts ne sont jamais partis
    Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire
    et dans l'ombre qui s’épaissit…" 
    Son comportement, ses doutes, ses contradictions, son mystère sont les signes d'une quête profonde vers un but inaccessible. On sent une amertume quand il écrit : "Faudra-t-il que je parte sans réussir ce feu dont je rassemblais les branches ?" Il faut surtout y voir le signe de sa complexité. Caroline Thivel elle-même n’est pas exempte de complexité. On assiste à son introspection, à ses doutes. On progresse et on stagne avec elle, dans un va-et-vient entre l'envie de savoir et le refus de savoir. Entre l’envie d’aimer cet homme et la peur de s’illusionner. C’est cela qui donne le rythme à son livre : "C'est décidé, je tourne la page" - "Je n'hésite plus". Mais tout de suite après, la perspective d’atteindre peut-être enfin la vérité la tétanise : "Sortir du doute me semble, pour l’instant, au‐dessus de mes forces.” - Puis "Je me demande s’il vaut mieux tenter de réfléchir profondément ou ne pas réfléchir du tout".
    L'indécision est une histoire de famille. Sa mère Marie hésitait aussi : "À la question simple et désespérée que Marie pose à un correspondant : doit‐elle quitter Antoine pour Alain ?", il lui répondit : "C’est l’attente et votre indécision qui vous minent". Le poète lui-même, "pour éviter des peines, n’a pas souvent le courage d’être sincère". Caroline est effarée par l’indécision maladive d’Alain et Marie, dont elle a hérité.
    Savoir ou ne pas savoir ? se demande le lecteur à l’instar de l'auteure. Comment réagir devant une pareille situation ? Avoir un deuxième père est troublant. Si en plus, il s’agit d’un poète tourmenté… Ce livre touche à notre propre complexité, nous lecteurs, chaque famille a des secrets. L'envie de savoir est freinée par la crainte que notre vie pourrait profondément changer. Notre cerveau reptilien prend le pas sur les autres, en cas de danger. Mais la tentation est grande. La quête de Caroline Thivel est un chemin qui va de l'ombre vers la lumière, en écho aux mots d'Alain Borne : "Il est temps de lever sa voix comme une mèche sur une lampe".
    Ce livre est un être vivant, il est animé de sentiments contraires. C'est ce qui lui donne son énergie, son rythme alerte. Les chapitres sont courts, comme des séquences. Caroline Thivel passe de l'un à l'autre de ses interlocuteurs dans une progression en accordéon qui nous tient en haleine. Son style précis et ouvert offre un champ immense au lecteur qui peut s'approprier l'histoire, ouvrir une porte secrète, une porte de l’indicible, puisqu’il s'agit d'un poète. Comme elle, on n'arrive pas à se détourner d'Alain Borne.

    André Cohen Aknin

     

  • De l'autre coté du miroir. Alain Borne, poète

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    Lecture à la Médiathèque de Montélimar le 14 novembre 2024
    Un poète célébré pour les uns, demeuré inconnu pour d'autres. Cette lecture n'était pas une commémoration mais une fleur qui perce la neige du temps. Faire entendre la poésie de celui qui, de son propre aveu, ne pouvait s'éprendre que de l'impossible, et pour qui seule la poésie est vie, le reste est subsistance. 
    Notre souhait, à nous les colporteurs-liseurs, est de faire rayonner la beauté des vers d'Alain Borne, leur luminosité. A travers les mots coule une musique qui est aussi le sang de l'amour. Nous faisions entendre un homme généreux et tourmenté qui voulait être reconnu dans sa réalité profonde, hors des modes et des conventions. Le poète, éternel amoureux de la femme et avide d'absolu se heurtait à la mort. Alors il avait choisi de chanter aussi le néant.
    Le rêve d'Alain Borne était que sa poésie demeure : Je sais que ce pont frêle peut-être ne sera pas emporté par les eaux…
    Il y avait tout lieu de répondre au poète trop tôt disparu que sa poésie continue à vibrer, doublement puisque ses deux filles Béatrice et Caroline étaient présentes et que l'une d'elles écrit. Notre lecture précédait la présentation à la Nouvelle Librairie Baume de "La fille de l'autre" (Edit Plon) que Caroline Thivel venait de publier à propos de leur filiation.
    Remonter le temps avec quelques Montiliens qui évoquèrent la vie provinciale des années 50 où s'épanouit l'histoire d'amour d'Alain avec Marie, la mère de Béatrice et de Caroline. Cette histoire hors mariage avait scandalisé quelques esprits chagrins.
    Ce soir-là, la poésie était amour : Tu me brûlais de loin / tantôt tu étais d'or / tantôt de miel tantôt de lait / tu étais la rosée / doublant de transparence l'aubépine
    Ce soir-là, la poésie était vibration, ferveur et le public y prenait toute sa place. 

    Nous avons présenté cette lecture à l'Atelier du Hanneton à Charpey le 22 décembre, lors des Ateliers en fête. La même lecture dans un autre lieu devenait toute autre. Le public découvrait le poète et l'atmosphère était moins propice à l'émotion. La contrebasse de Maxime en intro initiait une certaine gravité qui n'excluait pas des éclats d'humour et de fantaisie propres au poète. Notre démarche état de montrer Alain Borne dans sa complexité, dans son humanité, pas de le limiter aux thèmes de l'amour et de la mort, comme il est souvent présenté.

    Prochaine lecture de De l'autre coté du miroir : le 23 janvier 2025, lors de La Nuit de la lecture au Broc'café à Espeluche dans la Drôme. Nous la donnerons sur un autre ton, un peu plus comme une conversation. Il y a tellement de façons de partager ce que l'on aime.

    Geneviève