Premier matin 2012
La lumière glisse sur la brume
un chemin de silence
pour quel chant ?
Geneviève
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La lumière glisse sur la brume
un chemin de silence
pour quel chant ?
Geneviève
Nous descendions dans la nuit de décembre, dans l'ombre de la vie et nous avons rencontré "Une lampe dans la lumière aride " de André du Bouchet aux Editions Le Bruit du Temps :
"Je me trouve au-dessus de la terre
dans un rapport de délicatesse
voilà le jour
écru
mais je pense que nous sommes aussi fragiles l'un que l'autre
…
le jour éclaboussant le sol autour de la porte
et cette branche noire qui se détache contre la façade noire
…
j'ai revu ton visage cette nuit, tes lèvres gercées
c'est toujours ton visage dans la lumière blanche - le mien - comme la lumière qui vient couvrir - d'un trait - doucement se poser sur l'entaille
j'étais toujours à côté de mon visage
celui qui n'est pas le nôtre
devenu visage de vent
que le jour dénature …"
De la nuit profonde puiser la poésie limpide pour rafraîchir les fronts les plus obscurcis, pour étancher les soifs les plus brûlantes. La poésie parle une langue "d'étrangèreté" et ouvre un voyage immobile au cœur de nous-mêmes.
André et Geneviève
dans le sillage de l’oiseau bleu
voyagent nos rêves
l’azur les boit
tout crus
parfois ils jouent à saute moutons
sur les nuages
ou s’enlisent
dans la brume
*
rêves aux mille senteurs
il y a ceux des hommes
derrière les grilles
les espoirs des mains
qui vibrent en éventail
des rêves papillons de jour
papillons de nuit
il y a des attentes
aux regards de volubilis
*
désir d’oiseau
à travers le temps
rêve d’Icare
brûlé aux feux du soleil
rêve d’Ader
et naissance de l’avion
décollage immédiat
pour des terres lointaines
lien entre les hommes
tissé par l’aigle et l’archange
texte extrait de "Le théâtre du ciel" (inédit) Geneviève
aquarelle de Geneviève inspirée d'une photo de Guy Delahaye dans le livre "Gallotta" chez Actes Sud

L’étranger, tel est le titre du dernier numéro de la revue « étoiles d’encre » n°45-46 à laquelle je participe.
Dans son édito Behja Traversac annonce : « les textes contenus dans ce numéro nous disent non seulement la polysémie du mot « étranger » mais aussi sa densité.… L’étrangeté est inséparable des frontières et il n’y a d’étranger que parce qu’il y a frontière, y compris en soi… On ne mesure jamais vraiment ce qui nous fait étrangers dans le regard des autres et à notre propre regard. On sait ce plein, cette faille…là, au creux du corps nous séparant et nous unissant aux autres.»
Pour ce numéro, carte blanche est donnée à Sophie Bessis, spécialiste des questions liées aux relations Nord-Sud, actuellement chercheuse associée à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS Paris) . « Naître étranger, le devenir ? demande-t-elle. Elle cite le proverbe : Si longtemps que le tronc d’arbre séjournera dans la rivière, il ne deviendra jamais caïman. »
Elle invite quinze auteures ou artistes à s’exprimer sur ce thème. Catherine Simon parle des migrants d’Erythrée dans le Pas-de-Calais, Leïla Sebbar se dit étrangère dans la maison de son père parce qu’il ne lui a pas transmis sa langue.
Dans la rubrique « Forum », je retiens le texte de Cécile Oumhani qui parle du sentiment d’étrangeté éprouvé depuis l’enfance. « Trois langues résonnent à mes oreilles, en toile de fond, alors que le français est bel et bien ma langue d’écriture. Chez moi, je saute agréablement de l’une à l’autre, saisissant l’expression dont la saveur s’impose à moi dans telle ou telle situation… Des phrases ricochent dans ma tête, entre le français, l’anglais et l’arabe… Par delà l’ivresse de ces horizons élargis où puiser les mots à des sources multiples, mon étrangeté si ancienne … me pousse à me recroqueviller pour parer les chocs. Les gens n’aiment pas ce qui est polymorphe, inclassable, atypique. »
Dans la rubrique Variations sur…, je m’arrête au texte de Valéry Meynadier « Entre ». Elle y exprime sa lutte contre sa propre étrangeté héritée du mensonge et du meurtre. Marie Malespina dans « La femme au bord du puits » rend hommage à l’étranger qui l’a aimée et réconciliée avec elle-même. « Il importait que ce temps d’union consentie et heureuse un jour ait eu lieu, ce temps où la différence était un attrait puissant où l’autre nationalité libérait des identités endeuillées »
Maïssa Bey, dans sa nouvelle « L’autre » éveille chez la narratrice ce double qui se révolte contre la soumise. « Ainsi il t’a fallu tout ce temps, toutes ces colères, tous ces détours pour te connaître ! pour accepter l’autre en toi ! Et surtout pour faire accepter aux autres ce que tu es ! »
Quant à moi, j’interroge : « Écrire, n’est-ce pas être amené à passer des frontières ? Des rêves dans les plis d’une mémoire étrangère frappent à ma tête. » Expérience d’écriture où j’évoque la vie des femmes voilées au cœur du Mzab dans mon roman « L’appel du sud », où je transcris les témoignages de gens qui vivent en France avec l’Algérie au cœur dans « Un livre à la mer » Écrire, c’est aller à la découverte,… repousser les limites de l’étrangeté. »
Ce ne sont que quelques éclats d’une quarantaine de textes en prose et en poésie qui dévisagent l’étrangeté, « l’étrangèreté ». Un kaléidoscope au féminin.
Revue "étoiles d'encre" à lire, à découvrir. www.chevre-feuille.fr
Geneviève

©Geneviève Briot
"Éclat du jour
chant de la terre
semé aux quatre vents"
Noël chez les chrétiens, Hanoucca chez les juifs, Mouloud chez les Arabes. Fête des lumières à Lyon le 8 décembre. Maintes traditions célèbrent une fête des lumières. Ainsi également dans les traditions indienne, perse, thaïlandaise…
Pour moi, c'est dans les yeux des enfants que brille la lumière de Noël associée en ce moment chez nous à la joie de la neige.
Voici trois poésies écrites à la demande d’une école maternelle à l’entrée de l’hiver.
Noël
Un flocon de neige joue
avec mes joues
avec mon nez
je tire ma langue
je l’attrape
gloup ! je le mange
et j’attends
que tombent du ciel
les cadeaux de Noël.
*
Il paraît que le père Noël
aime la confiture de groseilles
et que les rennes au ciel
mangent des tartines de miel.
C’est la mésange qui me l’a dit.
*
Les kakis
Ki ka di koi ?
Koi ka di le kaki ?
Soleils d’hiver
boules de Noël
kaki kaki kaki !
Geneviève
Femme dans l'univers
modelée avec les paysages
tant le rayonnement des prairies
que l'ombre des forêts
le sursaut des torrents aussi
Je suis le patchwork des champs
la broderie des fleurs
la vague des céréales
Je m'habille
de la clameur de la ville
du chatoiement des marchés
J'épouse
les craquelures de la terre
le vernis vieilli des toits
l'éclat des terrasses
Je suis
le tendre et le violent
le sombre et le vif
les coquelicots d'amour et de sang
les lavandes et leurs abeilles
je suis la forêt canadienne
les ciels étoilés du Sahara
la crête des montagnes
la neige qui saisit l'espace
Je suis femme
et j'entre dans le chant de l'univers
Geneviève Briot
Poème paru dans la revue Cairns n°6 printemps des poètes. Cette revue est éditée par les éditions de la Pointe Sarène à Mouans-Sartroux 06370 et les éditions associatives Gros Textes à Fontfuranes 05380 Chateauroux les Alpes sous la direction de Patrick Joquel et Raphaël Thélème. http://grostextes.over-blog.com
Elle se propose d'éveiller l'esprit poétique, particulièrement dans les écoles en lien avec la création aujourd'hui.
31 poètes ont participé à ce numéro.
Nous sommes à l'EHPAD de Romans, résidence Clairefond, le jeudi 11 mars.
Les résidents ont fait demi cercle devant nous. S'ils sont là, c'est que ce sont des personnes « désorientées », leur vitalité s'est détricotée, en vieillissant et leur esprit s'est embrumé. Certains ont une véritable attente, d'autres semblent absents. Une femme chantonne interminablement « le plus beau des tangos du monde ».
Donner à entendre des histoires, c'est tenter de renouer le fil des mots aux événements d'une vie. Des histoires courtes, des poèmes. « La gamelle » d'Italo Calvino rappelle le repas qu'on emportait pour manger à midi sur le lieu de son travail. « Ouiquenne » de René de Obaldia fait jouer les mots, les rythmes. Un poème dit l'importance de l'eau et nous emmène dans le désert. Un boulanger dans un village converse avec Najib le petit Algérien, José le petit infirme dit son plaisir de goûter le printemps sur le pas de la porte. Les textes offrent des sensations, invitent à l'évocation de quelques souvenirs chez les spectateurs. Oui, ils se souviennent de la gamelle, des départs de la famille en voiture. Des visages s'éclairent. La musique des mots exerce un pouvoir dont on ne connaît pas l'impact.
Nous finissons sur un poème de Raymond Queneau mis en musique et nous chantons ensemble. Une dame parle de « La nuit de Rameau » qu'elle chantait autrefois dans son village. Sa voix s'élève, un peu rocailleuse mais juste : « Oh nuit qu'il est profond ton silence ! ». Les mots que la mémoire restitue sont là, bien vivants. Je veux vous embrasser, dit-elle à Geneviève, au moment du départ.
Cette lecture s'est faite à l'initiative de l'Association Bleu 31