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étoiles d'encre

  • La marche des femmes

    natalia capellini,valentine lavanture,campement européen des jeunes féministes,étoiles d'encre,féminin masculin,behja traversac,miki nakumara,jean-michel letellier,olga valparaiso,carole menahem-lilin,annick demouzon,wassylia tamzaliEn juin s'est tenu à la Maison de quartier St Nicolas à Romans sur Isère une rencontre européenne "Marche mondiale des femmes" avec des débats, projections, expositions, concert et pique-nique.

    Deux jeunes femmes, Nathalia Capellini et Valentine Lavanture ont présenté le premier Campement européen des jeunes féministes. Il avait eu lieu à Toulouse en juillet 2011 et avait rassemblé 70 jeunes femmes représentant dix pays. Elles avaient organisé ensemble le programme, la répartition des tâches pour une vie communautaire pendant une semaine. Le but était de créer un espace de partage. Les discussions en ateliers s'orientaient principalement sur le féminisme et l'écologie, mais aussi sur des problèmes concrets qui se posent à elles et qui peuvent être différents selon les pays et les traditions. Cet été, le rassemblement est prévu en Roumanie. Le témoignage de Nathalia et Valentine montrait la capacité et la volonté de jeunes femmes pour s'affirmer et créer une solidarité qui corresponde aux besoins réels des jeunes européennes.

    Qu'est-ce donc être femme aujourd'hui ?

    C'est la réflexion que s'était donnée la revue "Étoiles d'encre" dans le numéro 47-48 intitulé Féminin Masculin paru à l'automne 2011.

    On trouve dans ce numéro des écritures fortes et audacieuses. Le thème y est abordé avec subtilité, sincérité, dans des textes questions, des textes affirmations, des textes témoignages. "Une mosaïque empreinte de  gaieté et de nostalgie, de rires et de cris de douleur, d'humour aussi, d'exubérance" ainsi que Behja Traversac la définit dans son édito. Un couple d'artistes Miki Nakamura et Jean-Michel Letellier y présentent leur démarche artistique duelle dans l'harmonie et non l'opposition.

    Les récits de vie à travers prose, théâtre, poésie donnent chair à cette réflexion plurielle marquée par l'authenticité, la générosité, la révolte. Entre en jeu la grammaire de notre langue qui laisse son empreinte sur la pensée. À travers des entretiens et articles, particulièrement celui dOlga Valparaiso "Mauvais genres", s'affirme le désir de changer les normes, la revendication d'une liberté de vivre entière, non plus dans la complétude des sexes, mais dans la capacité de s'affirmer seul au féminin ou au masculin. "Une androgynie fondamentale qui ouvre des chantiers insoupçonnés dans tous les domaines des relations humaines et de son action sur le monde". Devenir Autres, écrit-elle, entrer dans un changement radical des mentalités. Ce que Carole Menahem-Lilin exprime en disant : "Tout porter en soi, fille et garçon, terre et ciel, émotion et mesure,/ quelle merveille" et encore "On ne trouve jamais sa part manquante / on la crée"

    Cet appel au changement fait le grand écart avec la femme voilée de la nouvelle d'Annick Demouzon "Le Prix", avec l'évocation de Wassylia Tamzali qui  parle de ses rencontres avec des étudiantes algériennes à Constantine, de leur liberté qui reste à conquérir.

    Les femmes sont en marche, leur regard porte loin devant et le chemin sera long.

    Geneviève

  • Kaléidoscope au féminin

    étoiles d'encre,l'étranger,behja traversac,sophie bessis,catherine simon,leïla sebbar,cécile oumhani,valéry meynadier,marie malespina,maïssa bey,geneviève briotL’étranger, tel est le titre du dernier numéro de la revue « étoiles d’encre » n°45-46 à laquelle je participe. 

    Dans son édito Behja Traversac annonce : « les textes contenus dans ce numéro nous disent non seulement la polysémie du mot « étranger » mais aussi sa densité.… L’étrangeté est inséparable des frontières et il n’y a d’étranger que parce qu’il y a frontière, y compris en soi… On ne mesure jamais vraiment ce qui nous fait étrangers dans le regard des autres et à notre propre regard. On sait ce plein, cette faille…là, au creux du corps nous séparant et nous unissant aux autres.»

    Pour ce numéro, carte blanche est donnée à Sophie Bessis, spécialiste des questions liées aux relations Nord-Sud, actuellement chercheuse associée à l’Institut  des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS Paris) . « Naître étranger, le devenir ? demande-t-elle. Elle cite le proverbe : Si longtemps que le tronc d’arbre séjournera dans la rivière, il ne deviendra jamais caïman. »

    Elle invite quinze auteures ou artistes à s’exprimer sur ce thème. Catherine Simon parle des migrants d’Erythrée dans le Pas-de-Calais, Leïla Sebbar se dit étrangère dans la maison de son père parce qu’il ne lui a pas transmis sa langue.

    Dans la rubrique « Forum », je retiens le texte de Cécile Oumhani qui parle du sentiment d’étrangeté éprouvé depuis l’enfance. « Trois langues résonnent à mes oreilles, en toile de fond, alors que le français est bel et bien ma langue d’écriture. Chez moi, je saute agréablement de l’une à l’autre, saisissant l’expression dont la saveur s’impose à moi dans telle ou telle situation… Des phrases ricochent dans ma tête, entre le français, l’anglais et l’arabe… Par delà l’ivresse de ces horizons élargis où puiser les mots à des sources multiples, mon étrangeté si ancienne … me pousse à me recroqueviller pour parer les chocs. Les gens n’aiment pas ce qui est polymorphe, inclassable, atypique. »

    Dans la rubrique Variations sur…, je m’arrête au texte de Valéry Meynadier « Entre ». Elle y exprime sa lutte contre sa propre étrangeté héritée du mensonge et du meurtre. Marie Malespina dans « La femme au bord du puits » rend hommage à l’étranger qui l’a aimée et réconciliée avec elle-même. « Il importait que ce temps d’union consentie et heureuse un jour ait eu lieu, ce temps où la différence était un attrait puissant où l’autre nationalité libérait des identités endeuillées »

    Maïssa Bey, dans sa nouvelle « L’autre » éveille chez la narratrice ce double qui se révolte contre la soumise. « Ainsi il t’a fallu tout ce temps, toutes ces colères, tous ces détours pour te connaître ! pour accepter l’autre en toi ! Et surtout pour faire accepter aux autres ce que tu es ! »

    Quant à moi, j’interroge : « Écrire, n’est-ce pas être amené à passer des frontières ? Des rêves dans les plis  d’une mémoire étrangère frappent à ma tête. » Expérience d’écriture où j’évoque la vie des femmes voilées au cœur du Mzab dans mon roman « L’appel du sud », où je transcris les témoignages de gens qui vivent en France avec l’Algérie au cœur dans « Un livre à la mer »  Écrire, c’est aller à la découverte,… repousser les limites de l’étrangeté. »

    Ce ne sont que quelques éclats d’une quarantaine de textes en prose et en poésie qui dévisagent l’étrangeté, « l’étrangèreté ».  Un kaléidoscope au féminin.

    Revue "étoiles d'encre" à lire, à découvrir. www.chevre-feuille.fr

    Geneviève