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10/10/2008

Des écrivains et la guerre d'Algérie

Tel était le thème du colloque  donné à La Bibliothèque de la Part-Dieu à Lyon le 27 septembre 2008. Table  ronde  animée  par Guy Degas, professeur à l’Université Montpellier III avec Arno Bertina, Maïssa Bey, Virginie Buisson, Bertrand Leclair.
Je ne prétends pas rendre compte en quelques lignes de tout ce qui s’est dit pendant ces deux heures et demie, mais je voudrais juste dire mon intérêt pour ce débat qui a porté certes sur l’histoire de l’Algérie, mais aussi sur le processus de création des auteurs présents. Ils ont fait preuve d’une grande authenticité. Comment agit la mémoire qui peut, pendant des années, laisser un voile sur les souvenirs douloureux, comment le temps finit par déchirer ce voile. Arno Bertina qui a écrit «Le dehors ou la migration des truites» chez Actes Sud met l’accent sur le silence autour duquel on tourne, la nécessité pour lui de multiplier les regards dans l’approche du spectre de la guerre. Maïssa Bey, écrivaine algérienne, dont les derniers livres ont pour titre :  «Bleu blanc vert» et «Pierre sang papier ou cendre» aux éditions de l’Aube, dit : on ne choisit pas son entrée. La nécessité de se réapproprier son père mort sous la torture et qui, de ce fait, a un statut de héros national l’a amenée petit à petit à écrire «Entendez-vous dans les montagnes» : une situation théâtrale réunit dans un train la fille d’un héros de la guerre d’indépendance, le militaire français qui a à voir avec  la mort du maquisard et la petite-fille d’un pied-noir qui ne parle jamais de son passé en Algérie. Il est question de la mythification qui ne rend pas compte de la réalité du passé. Maïssa Bey nous dit qu’aujourd’hui, de jeunes historiens en Algérie travaillent  hors de toute manipulation, mais il apparaît que les écrivains ont devancé cette démarche. C’est toute l’importance de la littérature qui donne à voir au lecteur de l’intérieur, qui rend compte  de la complexité. Arno Bertina parle du roman comme d’un outil, il parle d’assouplir la syntaxe, de bousculer la langue pour rendre compte des enchevêtrements.  Pouvoir de la langue, du style.
C’est ainsi que Virginie Buisson, auteur de «L’Algérie ou la mort des autres»(Folio), parvient à livrer son témoignage sur la violence de la famille et de la guerre dans une écriture laconique, avec des phrases «taillées jusqu’à l’os», dit-elle, où les silences font autant de bruit que les mots. Quelle est l’obligation du romancier ? demande un spectateur. Bernard Leclair («Une guerre sans fin» éd. Libella-Maren Sell) dit que sa phrase doit être juste. Sans doute  le roman est-il plus qu’un outil puisque Bernard Leclair parle de «ce qui nous tient la main quand on écrit». C’est tout le mystère de la création, la littérature intimement mêlée à la vie.
G.Briot

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